A la rencontre de Maharadjahs
Genève. Printemps 2007. Alors que le Salon de l'Auto bat son plein, une salle intrigue le spectateur. Une véritable caverne aux trésors puisqu'elle regroupe quelques-unes des incroyables voitures commandées spécialement autrefois par des maharadjahs. Un parfum des 1001 nuits.
Origine
Le "maharadjah" vient du sanscrit et signifie "grand roi". Ce terme s'appliquait autrefois aux seigneurs et princes qui gouvernaient une région du continent indien. Ils étaient 565 s'occupant de provinces aux tailles, aux pouvoirs et aux richesses très diverses. Ils possédaient des armées et, pour la plupart, des fortunes immenses. Ils vivaient dans des palais luxueux, servis par de nombreux domestiques. Leurs règnes furent marqués par des guerres et des pillages dus à des hordes de brigands s'en prenant à leurs biens. Quand l'Inde fut colonisée par les Anglais, la plupart des maharadjahs pactisèrent avec la reine Victoria et retrouvèrent une partie de leur pouvoir déchu. Officiellement, ils disparurent en 1970 quand Indira Gandhi retira leurs titres et confisqua leurs biens. Certains maharadjahs réussirent à conserver leur palais mais d'autres les transformèrent en musées ou en hôtels.
Extravagances
L'Histoire de l'Inde fourmille d'anecdotes racontant les extravagances de ces Maharadjahs richissimes qui, longtemps, dépensèrent sans compter. En voici quelques exemples... Le Maharadjah de Bharatpur possédait pas moins de 22 Rolls-Royce, dont une décapotable en argent massif... Celui de Gwalior s'amusait à jouer avec un gigantesque train électrique, posé sur des rails en argent massif. La voie parcourait tout son palais jusqu'aux cuisines où étaient chargés les plats. Ce train reprenait sa route vers le grand salon où les serviteurs le débarrassaient...pour le plus grand plaisir des invités ! Le Maharadjah Kapurthala vint à Genève commander 50 montres en or. Au dos de chacune, il fit dessiner, en émail, le portrait de chacune de ses 50 femmes, à qui elles étaient destinées.
La chasse au tigre
L'un des sports favoris des maharadjahs était la chasse au tigre. Ces chasses se faisaient à dos d'éléphants et mobilisaient des centaines de personnes. La plupart étaient des rabatteurs, chargés d'amener les fauves pratiquement sous les fusils de leurs maîtres. On peut parler d'un véritable massacre. Un maharadjah se vanta d'avoir abattu 60 tigres en une seule journée. Un autre exhiba plus de mille têtes de tigres dans son palais. Cela contribua à la quasi-disparition de cet animal majestueux. Disparition accélérée par les Occidentaux quand le prix de la peau de tigre grimpa en flèche et quand ils débarquèrent avec des armes de plus en plus sophistiquées. Il fallut attendre 1973 pour que l'Inde signe une convention interdisant la chasse au tigre. Parallèlement, furent instaurées des réserves naturelles. On vit, ainsi, remonter le nombre de tigres en Inde (environ 5000 bêtes) ; mais ce fauve doit désormais affronter la surpopulation humaine qui menace son habitat.
Jaipur
Les maharadjahs d'Amber (Rajasthan) se distinguèrent par leurs fastes. Au XVIIème siècle, Jai Singh I érigea dans le fort d'Amber un somptueux palais avec d'immenses jardins, des salles d'audience entièrement tapissées de miroirs. Ce palais, qui repose sur un bassin artificiel, est encore visible de nos jours. Jai Singh II, lui, fit construire une nouvelle capitale : Jaipur ("la cité de Jai") qui, à la différence, des principales cités indiennes, fut tracée selon des plans bien précis. Y fut implantée un étonnant Palais des vents (Hawa Mahall). Mais Jaipur se distingua également par son observatoire astronomique (le Jantar Mantar) d'un étonnant modernisme. En 1876, la ville fut entièrement peinte en rose par le maharadjah Ram Singh II à l'occasion de la visite du Prince de Galles, futur roi Edouard VII. Aujourd'hui encore Jaipur et Amber sont considérés comme des joyaux de l'Inde.
Udaipur
Considéré par beaucoup comme l'un des plus beaux palais du monde, le Jag Niwas fut construit, à partir de 1754 à Udaipur. De marbre blanc, il semble comme surgi des eaux bleues du lac Pichhola. C'était autrefois la résidence d'été des princes de Mewar, un lieu de fêtes et de réceptions. Une partie a été transformée en hôtel (le Lake Palace) qui comprend 84 chambres dont 17 suites de luxe. Il a servi de décor à une aventure de James Bond : Octopussy. Le reste sert de musée... A Udaipur, toujours, se situe l'immense City Palace avec ses 500 mètres de façades, l'une des plus grandes demeures du monde. Il s'agit en fait de plusieurs palais accolés les uns aux autres au fil du temps. Le premier dit Raj Aangan (Cour royale) remonte à 1571. S'y ajoutèrent le Palais de Rubis, le Palais des Femmes, le Palais de la Joie, le Palais des Perles, le Palais des miroirs... qui formèrent comme un gigantesque labyrinthe. La famille princière d'Udaipur réside toujours dans une partie de ce palais, interdite au public !
Les aventures de Tintin
Tintin est allé deux fois en Inde (Les Cigares du Pharaon, Le Lotus Bleu et Tintin au Tibet). Entre ces deux voyages, 26 années se sont écoulées. Dans Les Cigares du Pharaon et Le Lotus Bleu, Tintin voyage dans une Inde coloniale et a la chance de séjourner dans le palais du Maharadjah de Rawhajpoutalah. Le caractère exotique de ce décor de l'Inde britannique est parfois le fruit de l'imagination d'Hergé qui n'hésite pas à indianiser des mots comme "karabouya" (friandise anisée appréciée à l'époque en Belgique) et "Céroux" (village du brabant-wallon où Hergé avait une maison) pour créer de toute pièce une ligne de train entre Arboujah et Sehru. Back to India avec Tintin au Tibet, où Tintin, Milou et le Capitaine Haddock font un "stop over" à New Delhi et jouent aux touristes dans l'attente de leur avion pour Katmandou. Pour l'anecdote Hergé a du remplacer le nom de la compagnie de l'avion qui s'est crashé (changé de Indian Airlines en Sari Airlines).

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