Les réincarnations de Bouddha
Mars 2007 - Népal. Un jeune adolescent surnommé "petit bouddha" disparaît pour la deuxième fois. Il méditait au pied d'un arbre sans boire ni manger et avait intrigué des observateurs du monde entier sans que nul ne put décider s'il s'agissait d'un canular... ou d'une réincarnation de bouddha.
Un principe philosophique
La réincarnation fait partie intégrante du bouddhisme, même si elle ne fut jamais enseignée par Bouddha. Les bouddhistes considèrent qu'un individu ayant atteint un haut degré de spiritualité est capable d'influer sur son propre destin en transmettant son flux spirituel dans un autre corps à naître. La réincarnation bouddhiste ne signifie pas qu'il s'agit exactement de la même personne mais d'un individu qui reprend les qualités positives de la sagesse du défunt pour les prolonger et les développer. La réincarnation ne concerne pas que les bouddhas, elle touche aussi la plupart des hautes autorités religieuses, dont les lamas. Les personnes réincarnées sont appelées "tulkus". Il y aurait entre 500 et 1000 tulkus "reconnus" dans les régions de l'Inde, du Tibet et du Népal.
Le Karmapa
Le karmapa fut le premier bouddha - dit bouddha de la compassion - du Tibet (au XIIème siècle). Depuis sa mort, il n'a cessé de se réincarner. Avant de mourir, chaque karmapa laisse une lettre avec des indications précises (lieu de naissance et noms de ses parents) destinées à trouver son successeur. Le dernier en date, 17ème du nom, se nomme Ugyen Trinley Dorje. Il a été "désigné" par son prédécesseur mort en 1981 à Chicago dans des circonstances mystérieuses (il resta cinq jours dans la position de la méditation avant de mourir). La naissance de Ugyen fut précédée par l'apparition d'un oiseau jamais vu au Tibet qui se posa sur la tente de ses parents. Puis un double arc-en-ciel apparut dans la vallée et y resta quatre jours. À l'âge de six ans, Ugyen fut consacré karmapa par le dalaï-lama. En plein hiver 1999, retenu par les Chinois, il s'enfuit du Tibet à travers l'Himalaya à pied et en jeep. Un voyage de sept jours et 700 kms qui le mena jusqu'auprès du dalaï-lama. Sa Sainteté Gyalwang Karmapa vit aujourd'hui en Inde et y dispense son enseignement religieux.
Le Panchen Lama
Appelé aussi Tachi-Lama, il est considéré comme la réincarnation du bouddha Amitâbha, bouddha de la lumière infinie. Panchen-lama signifie "maître qui est un grand érudit". Le 14 mai 1995, le dalaï-lama proclama Gedhun Choekyi Nyima (né au Tibet) comme onzième Panchen Lama. Trois jours plus tard, cet enfant de six ans, ainsi que ses parents furent emmenés par la police chinoise. Depuis, personne ne l'a revu. Cette même année 1995, des autorités religieuses chinoises placées sous l'autorité du Parti Communiste désignèrent un autre enfant comme nouveau panchen-lama. Mais le Dalaï-Lama, en exil en Inde, refusa de reconnaître cette nomination. La désignation de Gedhun Choekyi avait fait suite à un long processus : après la disparition du 10ème panchen-lama, trente noms de réincarnation probables furent retenus. En 1991, une divination du Dalaï-Lama révéla que le futur panchen-lama était né au Tibet, ce qui réduisit le champ de recherche. Quatre ans plus tard, une autre divination révéla le nom de Gehdun. Deux autres divinations confirmèrent qu'il était bien la réincarnation du bouddha.
L'énigme du petit Bouddha
Le 16 mai 2005, un adolescent népalais de 15 ans, Ram Bahadur Bamjon, vint s'asseoir au pied d'un figuier dans la jungle de Bara, à 150 km au sud-est de Katmandou. Il se mit dans la position du lotus pour méditer et... n'en bougea plus ! Durant neuf mois, il resta ainsi parfaitement immobile, sans manger ni boire. Pour le protéger du froid, ses frères le recouvraient chaque soir d'un drap. Sa présence attira la curiosité avant d'attirer les foules. Plus de 100.000 personnes sont venues. Certaines le considèrent comme un futur guide de l'humanité voire comme une réincarnation du bouddha Gautama Siddharta, dit le bouddha historique. Des équipes de télévision venues du monde entier le filmèrent. Certaines restèrent 48 heures à ses côtés et confirmèrent qu'il n'avait pas bougé ni ne s'était alimenté. Puis, en mars 2006, celui que l'on surnommait "le petit Bouddha" disparut en pleine nuit, ainsi que plusieurs membres de sa famille. Il ne fut retrouvé qu'en décembre, au pied d'un autre arbre. En mars 2007, il a de nouveau disparu. "Nous le recherchons dans la jungle mais pour l'heure, nous n'avons trouvé aucune trace de lui.", déclara un responsable de la police népalaise.
Un sujet de cinéma
Si la réincarnation est au centre de nombreux films, dont la plupart d'inspiration fantastique, il est étonnant de noter que plusieurs productions américaines se sont intéressées aux réincarnations bouddhistes. Il y eut "L'enfant sacré du Tibet", comédie d'aventure dans laquelle Eddie Murphy part au Tibet à la recherche d'un enfant doté de pouvoirs divins liés au bouddhisme. Plus important fut "Little Buddha" de Bernardo Bertolucci. Un enfant blond américain vivant à Seattle reçoit la visite de moines bouddhistes qui le désignent comme la réincarnation de leur chef spirituel. "Kundun" de Martin Scorcese évoque l'histoire de la quatorzième réincarnation du bouddha de la tentation qui n'est autre que l'actuel dalaï-lama. Suite à ce film, entièrement interprété par des Tibétains, Scorcese fut interdit d'entrée au Tibet par les autorités chinoises. Enfin, un film américain tout simplement baptisé "Buddha" est attendu sur les écrans pour mai 2008.
Tintin au Tibet
Tintin au Tibet est la vingtième aventure. uvre de référence, l'histoire de Tintin au Tibet touche les âmes tintinophiles infiniment comme une forme d'acte de foi tiraillée par la raison. Tintin s'exalte à partir tandis qu'Haddock freine des quatre fers en mesurant le danger qu'il attend. Hergé s ?est comme d'habitude documenté et a consulté le livre Initiations lamaïques d'Alexandra David-Néel, Paris, Ed Adyar, 1930 dans lequel pour l'anecdote on retrouve une illustration du lama Yongden célébrant un rite pour la prospérité d'une famille avec un jeune garçon qui offre une écharpe et tire la langue en signe de respect. En forme de gag, Hergé prend le contre-pied de cette attitude rituelle à la page 53 de l'album.

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