3D : entrez au cœur de l'image !
Le 3D, avenir du cinéma ? Peut-être. Mais c'est aussi le passé du cinéma, car dès ses débuts l'invention des Frères Lumière tentait de jouer avec le relief. Et plusieurs essais jalonnent l'histoire du 7ème Art. Sans trouver une véritable niche. En ira-t-il autrement avec les expériences les plus récentes ? Réponse... dans le film Tintin, attendu en octobre 2011 !
Un Avatar ne fait pas le printemps
Le moins que l'on puisse dire, c'est que la 3D était attendue par les cinéphiles ! Depuis sa sortie, Avatar, le dernier film de James Cameron (déjà responsable du méga succès Titanic), avait engrangé plus de 250 millions d'euros, entre sa sortie et la mi-janvier 2010. Présentée comme l'outil du sauvetage du cinéma, la 3D représente-t-elle son avenir ? Oui, si les sujets, le scénario du film est solide. On oublie souvent que le grand Alfred Hitchcock a réalisé deux de ses plus grands suspenses en 3D : Le Crime était presque parfait (Dial M for Murder - 1954) et La Mort aux trousses (North by Northwest - 1959). Les films continuent à être projetés ou présentés à la télévision... mais pas en version relief !Le « maître du suspense » ne fut pas le premier à choisir la 3D pour ses films. En fait, le relief, c'est une longue histoire...
Aux débuts (lointains) de la 3D
Au tout début, il y a nos deux yeux. Chacun d'entre eux voit une image légèrement différente. La somme des deux visions est envoyée au cerveau qui analyse ces deux images et nous donne la vision stéréoscopique, c'est-à-dire, en relief. Ce dernier nous permet d'évaluer le volume des objets observés mais aussi leur éloignement ou leur situation proche de nos yeux. Quand nos lointains ancêtres ont commencé à représenter des scènes de leur vie quotidienne - et notamment, des épisodes de chasse - ils ont déjà cherché à donner du volume aux représentations d'animaux. A cet effet, ils se servaient des protubérances ou des creux et dessinaient tout autour un animal qui prenait ainsi un certain « relief ». Cette utilisation des inégalités naturelles de la roche est visible de manière très claire au sein de peintures rupestres, découvertes vers 1950 dans les environs du Cap, en Afrique du Sud.
La pierre angulaire de la 3D
La sculpture, tant sur bois que dans la pierre et au moyen de techniques telles que la terre cuite, est née de la volonté de représenter les espèces vivantes et les objets. Et donc, de leur donner un volume aux mêmes proportions et à l'image de leurs modèles. Nous sommes en plein dans les trois dimensions ! La peinture a, elle aussi, joué avec les distances et les volumes. Qu'il suffise de se rappeler les procédés dits « en trompe-l'œil » : il s'agit de fausser les proportions d'une pièce, par exemple (les châteaux français ont largement fait appel au trompe-l'œil). La 3D, au cinéma, n'est-elle pas une forme de trompe-l'œil ? L'image est projetée sur un écran plat et, cependant, le spectateur la verra en relief ! Pour en arriver là, il a fallu passer par plusieurs étapes... et inventer le cinéma, même si des essais avaient eu lieu avant 1895, date de la présentation du cinématographe par les Frères Auguste et Louis Lumière. Nous n'entrerons pas ici dans les polémiques concernant la date et lieu de la toute première projection de films animés : Anglais, Italiens, Américains, Allemands et même Néo-zélandais sont sur les rangs !
La fascination pour les images en relief
Dès le 18ème siècle, à la Cour de Louis XV, ainsi qu'en Prusse, en Autriche et en Russie, l'image en relief prend une dimension de curiosité - mais nous sommes encore loin de ce que nous entendons par « images stéréoscopiques ». Première et primordiale différence : ces premières images en 3D ne sont pas projetées sur un écran ou une quelconque surface. On les observe au fond d'une sorte de boîte, éclairée par une bougie et au travers de deux orifices, afin d'obtenir une vision binoculaire. Il s'agit de scènes fixes, comportant parfois des personnages et des décors découpés, présentés à des distances différentes, comme sur un plateau de théâtre. Il faut citer aussi des « visionneuses », sortes d'accordéons, que l'on étendait devant ses yeux pour admirer un paysage exotique, les fonds marins, une composition basée sur les romans de Jules Verne... Mais il semble bien que la première véritable image stéréoscopique date, en France, de 1838. En réalité, deux images légèrement décalées l'une de l'autre sont incluses dans une visionneuse ; on la place sur les yeux et le cerveau recrée l'illusion du relief.
L'odyssée du View Master
C'est en 1939 qu'un facteur d'orgues, William Gruber, et Harold Graves, un employé de la firme photographique Sawyer's, unirent leurs efforts pour mettre au point un appareil photo capable de prendre des photos en relief. Le principe reprenait, encore une fois, le miracle de nos yeux : la même photo prise en deux exemplaires, légèrement différents. Une fois les prises de vue terminées, les photos transparentes étaient serties dans un disque, contenant quatorze photos, mais qui ne formaient, en réalité, que sept paires de deux photos. Ce disque était glissé dans une visionneuse binoculaire qui faisait défiler les images. Le contenu ? Des paysages, des souvenirs de vacances (notamment, les parcs nationaux, les spécialités de pays lointains, des adaptations de dessins animés ou de films à la mode. Même Tintin eut les honneurs de View Master pour son aventure lunaire.
Les premiers films en 3D
Les spécialistes placent arbitrairement la projection du premier film 3D en 1903. Cette année-là, les frères Lumière présentèrent L'arrivée du train en gare de la Ciotat à un public parisien, qui crut à l'arrivée d'un véritable train dans la salle de cinéma ! En réalité, il ne s'agit pas d'un réel film en 3D : les spectateurs découvraient le mouvement et une habile prise de vue. Les premiers vrais films en 3D relevaient plus du phénomène de foire que d'une œuvre du 7ème Art. La méthode la plus courante consistait à superposer deux images sur la pellicule : une verte et une rouge ; le spectateur portait des lunettes dont un verre était rouge (et « effaçait » l'image rouge pour l'œil gauche, qui ne voyait que l'impression en vert) et l'autre, vert (qui « effaçait » l'image verte pour l'œil droit, qui ne voyait que l'impression en rouge). Le relief était ainsi reconstitué, mais ce procédé ne s'appliquait qu'aux seuls films en noir et blanc.
Années 50, âge d'or ?
Le premier succès public d'un film en relief date de 1952. Mais qui se souvient de son titre (Bwana Devil !) et de son scénario ? On y retrouvait des effets vieux comme la stéréoscopie : charge d'éléphants vers les spectateurs, saut de lions en colère, etc. Alfred Hitchock va céder à la fascination de la 3D (voir plus haut). John Wayne joue dans Hondo, un western en 3D. Ces films, moins rudimentaires que leurs ancêtres, nécessitaient un équipement lourd. Deux projecteurs devaient être minutieusement synchronisés ; les spectateurs portaient des lunettes polarisées qui rendaient le relief et, en partie, la couleur. On se souviendra que des films, tels que Les Dents de la Mer 3 et Vendredi 13 - troisième partie ont été projetés en relief. En 1985, à l'exposition universelle de Vancouver, on découvrit l'Imax 3D, appelé à un certain succès : même le réalisateur Jean-Jacques Annaud (Le Nom de la Rose, Deux Frères, etc) y alla de son film sur l'épopée de l'Aéropostale, avec Val Kilmer dans le rôle de Jean Mermoz ! Aujourd'hui, la 3D retrouve un regain d'intérêt, grâce aux développements des caméras numériques. Avatar en est la prestigieuse démonstration.
Et demain : nouvel essor ou Supercolor-Tryphonar ?
Le succès d'Avatar a réveillé certains vieux projets, qui dormaient dans les centres de recherche des grands fabricants d'appareils de télévision : Panasonic, Samsung et Sony fourbissent leurs armes. Les visiteurs du Consumer Electronics Show (C.E.S.) de Las Vegas, grande réunion incontournable des amateurs de produits et gadgets électroniques, ont pu admirer, du 7 au 10 janvier 2010, ce qui nous attendra (peut-être...) au centre de notre salon, dans un avenir proche. La 3D, effet de mode ou révolution durable ? Cette nouvelle phase de la 3D, après tant d'essais sans lendemain, sera-t-elle la bonne ? Trop tôt pour trancher. Personne ne peut dire, aujourd'hui, si le public accrochera ou s'il se paiera une pinte de bon sang, comme les lecteurs des Bijoux de la Castafiore, assistant aux essais du Supercolor-Tryphonar, cette invention de Tournesol qui ne connut pas un grand avenir ! Ne soyons pas pessimistes ! Plusieurs matches de la Coupe du Monde de footbaal, en Afr ique du Sud, seront retransmis à la télévision en 3D. Cela peut déclencher un effet boule de neige.
3D, oui, mais quel catalogue ?
Depuis la première projection stéréoscopique (1903) jusqu'à nos jours, quelque 300 films et émissions de télévision ont débarqué dans les salles de cinéma et sur les écrans télé. Une fois l'effet de curiosité éteint, les consommateurs ne se sont pas montrés très enthousiasmés par les différents procédés en 3D. La raison principale en est, sans doute, la pauvreté du catalogue disponible. La plupart des films en relief ont voulu jouer sur les effets : vertige, angoisse, émerveillement... Basé sur une vitesse de filmage très élevée (64 images/seconde, alors que la norme est de 24 à 25 images/seconde) et un écran géant, l'Imax possède un répertoire de titres (surtout des documentaires) intéressant. Problèmes : il faut des salles et des appareils de projection spéciaux ; l'effet de relief ne peut être reproduit sur DVD, sauf avec l'adjonction des sempiternelles lunettes ad hoc ! Mais pour conquérir le cœur des cinéphiles, la 3D a décidé de faire équipe avec Tintin : en octobre 2011 sortira sur les écrans The Adventures of Tintin : Secret of the Unicorn, le film de Steven Spielberg et Peter Jackson, basé sur les albums Le Secret de la Licorne, Le Trésor de Rackham le Rouge et Le Crabe aux pinces d'or. Une 3D, adjointe à la motion capture, dont nous vous avons déjà parlé. Et dont nous reparlerons souvent !

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