Tout-Ankh-Amon, le pharaon qui garde tous ses mystères

Les Cigares du Pharaon (1934) - Page 08

Il n'a régné que huit ans (probablement...), est décédé avant ses vingt ans, on sait très peu de lui ; il ne possède pas de pyramide, on prétend que sa tombe est minable en comparaison de celles de certains de ses prédécesseurs... Et pourtant, Tout-ankh-Amon est un des pharaons les plus médiatisés. Ce n'est pas le moindre des mystères de ce personnage disparu il y a 35 siècles !



En ce mois de février 2010, la rumeur grossissait de jour en jour. On allait connaître  -  enfin  -  la vérité sur Tout-Ankh-Amon ! Régulièrement, ce pharaon, qui ne régna que huit ans (de 1354 à 1346 avant notre ère), fait l'actualité. Son masque funéraire est archi-connu. Un magazine trimestriel lui est entièrement consacré. Plus on croit en savoir sur ce personnage, plus profonds deviennent les mystères qui l'entourent. Les récentes « révélations » donnent l'impression de lever le voile sur certaines questions, mais rien d'essentiel n'a fait surface.



Un pharaon dont on sait qu'il est né et qu'il est mort !


Ce sont pratiquement les deux choses certaines que l'on peut affirmer à propos de Tout-Ankh-Amon ! Il semble qu'il serait mort de la malaria. C'est ce qu'ont révélé les tests Adn effectués sur les os de sa momie. Problème : le jeune homme vécut il y a 35 siècles. Nous transportons tous de l'Adn et il est propre à chaque individu. L'Adn est une véritable biographie de chaque personne. Par lui, on peut déterminer qui étaient nos parents proches et nos ancêtres. Il est possible, grâce à l'Adn, de reconstituer notre « histoire » médicale : les maladies graves s'inscrivent dans notre Adn. Certains affirment même que l'on pourrait reconstituer la voix de quelqu'un qui aurait vécu voici plusieurs siècles ! Et c'est grâce à l'Adn qu'il y a moyen de cloner des êtres vivants, c'est-à-dire, de créer votre sosie, par exemple... Seule faiblesse de l'Adn : il se dégrade avec le temps. Un squelette, vieux de 35 siècles, ne possède pas un Adn très frais. Il a pu subir des mutations ou des mutilations. De quoi douter de la fiabilité des tests...



Un pharaon, fils de personne ?


Commençons par énumérer ce que l'Histoire nous apprend à propos de Tout-Ankh-Amon. Il serait donc le fils du pharaon Aménophis IV et d'une des sœurs de ce dernier. Cette parentèle a été annoncée récemment. Jusqu'à présent, les scientifiques estimaient que Tout-Ankh-Amon était le frère ou le gendre d'Aménophis IV. Sa mère n'aurait été autre que la célèbre Néfertiti, dont le buste polychrome, conservé au musée de Berlin, traduit toute la beauté. Les tests Adn démontreraient que Néfertiti, mariée à Aménophis IV, fut trompée par son mari... Il se peut donc que Tout-Ankh-Amon était un usurpateur : un enfant naturel, qui aurait pris la place du successeur légitime, fils d'Aménophis IV et de Néfertiti. Pas simples, les pharaons !

Masque de Tout-Ankh-Amon

Egypte

Egypte

Egypte

Côte de la Mer Rouge
Le pharaon aux deux noms


Quant au décès de l'éphémère souverain, plusieurs versions ont circulé. Pour certains, il avait été empoisonné ; pour d'autres, se basant sur l'état de son crâne (35 siècles plus tard !), il avait été assassiné d'un coup sur la tête. Dernière hypothèse plausible : Tout-Ankh-Amon souffrait d'une maladie des os, qui l'obligeait à se déplacer à l'aide de deux cannes (ce qui expliquerait la présence d'un nombre impressionnant de ces objets dans le tombeau). En outre, une crise de malaria lui aurait été fatale. A quand une nouvelle « explication » ? Le flou, qui entoure les faits et gestes du pharaon commence par son nom : Tout-Ankh-Amon ou Tout-Ankh-Aton ? Certains égyptologues soutiennent que la forme « Aton » a précédé « Amon ». Et là, on entre dans une période passionnante de l'histoire de l'Egypte.



Une époque... assez semblable à la nôtre


Le père de Tout-Ankh-Amon reste un personnage atypique. Aménophis IV régna de 1372 à 1354 avant notre ère. A cette époque, la situation de l'Egypte était assez semblable à ce qui se passe actuellement en Iran : le clergé d'Amon était tout puissant et dictait sa loi au pays et... aux pharaons, c'est-à-dire, aux rois égyptiens. Au passage, les prêtres d'Amon s'enrichissaient de manière honteuse, comme c'est le cas des mollahs iraniens actuels. Aménophis IV se révolta contre la puissance des prêtres d'Amon. Au départ, Amon était le dieu de l'air et de la fécondité  -  un dieu parmi d'autres. Au 14ème siècle avant notre ère, le statut d'Amon s'améliora et les Egyptiens finissaient par le considérer comme le roi des dieux. S'agissait-il d'une évolution du polythéisme (une multitude de dieux) vers le monothéisme (le culte d'un seul dieu, comme ce sera le cas, plus tard, avec le judaïsme et le christianisme) ? C'est la conclusion que semble avoir tirée Aménophis IV, qui bouscula le pouvoir du clergé d'Amon et imposa une nouvelle religion.

Masque mortuaire en or de Toutânkhamon

Colosse de Tout-Ankh-Amon

Buste d'Akhénaton
Aménophis IV, alias Akhenaton


Aménophis vouait un culte au soleil (Aton, en vieil égyptien). Il prit le nom d'Akhenaton (ou Akhnaton), ce qui signifie « serviteur du soleil ». Autour de la Méditerranée, c'était la première fois qu'un état puissant adoptait une religion monothéiste. Tant en Grèce qu'en Assyrie, en Italie et en Gaule les dieux se bousculaient, à tel point que chez les Romains, plus tard, on a pu dire que chaque citoyen avait son dieu personnel. Akhenaton voulut modifier la société égyptienne de fond en comble. Il imposa même de nouvelles règles pour les arts. Ainsi, les pharaons aimaient se faire représenter dans des statues aux traits idéalisés  -  en clair : leurs statues étaient plus belles à regarder que les modèles ! Il en profita aussi pour changer la capitale : Thèbes était le lieu de résidence supposé d'Amon. Akhenaton fonda la ville d'Akhetaton (aujourd'hui : Amarna).



Tout-Ankh-Amon, victime de son père


En 40 ans de règne, Akhenaton n'a pas pu installer définitivement la nouvelle religion, sans doute trop « intellectuelle » pour un peuple largement illettré, manipulé par les prêtres d'Amon, qui encourageaient toutes les superstitions. A la mort du pharaon (vers 1354 avant notre ère), son jeune fils naturel (il n'avait guère plus de 10 ans) lui succéda sous le nom de Tout-Ankh-Aton. Profitant de la jeunesse et de la mauvaise santé du nouveau roi, les prêtres d'Amon rétablirent les anciens cultes. Leur fureur ne connut pas de limites : pratiquement toutes les statues d'Akhenaton furent détruites ou martelées. La ville d'Akhetaton fut détruite et abandonnée aux sables. Et on en profita pour renommer le jeune roi Tout-Ankh-Amon...

Trône de Tout-Ankh-Amon

Trône de Tout-Ankh-Amon
Une star... qui ne le mérite pas


Un pharaon aussi éphémère et insignifiant que Tout-Ankh-Amon doit sa gloire à l'archéologie. Le 29 novembre 1922, l'Anglais Howard Carter (1874-1939) découvre la tombe de Tout-Ankh-Amon. Peintre et égyptologue amateur, Carter est soutenu financièrement par son compatriote, George Edward Stanhope Molyneux Herbert, passé à la postérité sous le titre de Lord Carnarvon (1866-1923). Ce qui donne son caractère unique à cette découverte ? C'est la première fois que les archéologues découvrent une tombe intacte. Celles de pharaons, autrement plus importants que Tout-Ankh-Amon, ont été pillées au cours des siècles. En réalité, si elle regorge de richesses, la tombe de Tout-Ankh-Amon ne donne qu'une très faible idée de ce que furent les trésors contenus dans les tombeaux des Ramsès, par exemple.



Une malédiction ?


Lord Carnavon mourut au Caire, en avril 1923, quelques mois après l'ouverture de la tombe de Tout-Ankh-Amon. Il s'était blessé en se rasant ; la blessure s'était infectée et une septicémie emporta l'extravagant égyptologue. D'autres égyptologues décédèrent peu après, victimes de leur grand âge. Il n'en fallait pas plus pour que naisse la célèbre légende de la « malédiction des pharaons ». Certains imaginèrent que les tombeaux contenaient des gaz dangereux, qui s'attaquaient aux intrus. Des gens plus mystiques se perdirent dans des théories de retour des âmes des pharaons. Cependant, Howard Carter ne mourut qu'en 1939 et d'une cirrhose du foie, dont l'alcool était nettement plus responsable qu'une présumée « malédiction » ! Les années 1920, c'est la grande époque de la mode inspirée de l'Egypte. La romancière Agatha Christie (épouse d'un archéologue) contribue à multiplier les fantasmes sur les âmes assassines venues se venger au 20ème siècle. Depuis la campagne de Napoléon Bonaparte en Egypte (1798), un intense pillage de momies antiques a donné lieu à un commerce. Les momies sont exhibées dans les foires et ne contribuent pas qu'un peu à la naissance de vocations d'égyptologues (une science toute récente) et de romanciers d'épouvante !

Apparition furtive de Lord Carnarvon

Les Cigares du Pharaon - NB - page 16

Les Cigares du Pharaon - séquence du cauchemar

Les Cigares du Pharaon - séquence du cauchemar

Les Cigares du Pharaon - séquence du cauchemar
Hergé et les pharaons


Le 8 décembre 1932, au moment où Hergé aborde « Tintin en Orient » (premier titre des « Cigares du Pharaon »), les mystères de l'Egypte font rêver plus que jamais. Sous l'impulsion du Roi Albert Ier et, surtout, de son épouse, la Reine Elisabeth, des équipes sont envoyées au Moyen Orient. On trouve des archéologues belges en Egypte, mais aussi en Syrie et jusqu'à ce qui deviendra l'Irak. Parmi les figures les plus illustres, il faut citer Jean Capart (1877-1947) et Pierre Gilbert (1904-1986). Tous deux contribuèrent à enrichir les collections des Musées Royaux d'Art et d'Histoire, à Bruxelles. L'égyptologie, les tombeaux perdus et redécouverts, la frénésie de fouilles dans le bassin du Nil ne pouvaient qu'impressionner Hergé. On en trouve des traces dans la première version, en noir et blanc : un des sarcophages dans la tombe du pharaon Kih-Oskh n'est autre que celle d'un Anglais typique, Lord Carnaval ! Les fresques, les statues, les personnages du rêve de Tintin, trouvent leur origine dans les photos que diffusaient les magazines et les livres consacrés à l'Egypte. Quant à la seule malédiction du pharaon Kih-Oskh, elle concerne ceux qui ne rient pas franchement aux aventures mouvementées de Tintin et Milou dans un Orient très feuilletonesque !
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