Dans Inca comme dans l'autre...
On ne sait pas exactement quand il est né (vers 1200, selon certaines légendes), mais sa date de disparition ne fait pas de doute : 29 août 1533, jour de l'assassinat du dernier Inca, Ataw Wallpa. Depuis, le souvenir de l'empire inca envahit les rêves d'explorateurs, d'archéologues et de chercheurs de trésors. Et pas seulement dans Le Temple du Soleil !
Un empire immortel ?
Notre histoire commence le 16 novembre 1532. C'était un samedi : des historiens très sérieux, comme William H. Prescott (1796-1859) se sont donné la peine de rechercher cette précision. Le lieu ? Cajamarca. Une petite ville dans les montagnes du nord du Pérou actuel. On peut encore la visiter de nos jours. C'était un lieu qu'appréciaient les Incas, parce qu'il s'y trouvait des sources d'eau chaude. Les touristes du 21ème siècle se pressent encore aux Banos del Inca (les bains de l'Inca) pour profiter de leurs bienfaits sur les maladies de la peau, les rhumatismes et, de manière générale, sur la condition physique.
C'est là que l'empereur inca, Ataw Wallpa (orthographe plus correcte que celle utilisée habituellement : Atahualpa) est fait prisonnier, le 16 novembre 1532, par une bande de 158 Espagnols, dont quelque 80 cavaliers. Pour sa libération, les aventuriers exigent une rançon en or et en argent. Des trésors seront ainsi perdus : ils sont fondus par les Espagnols. Qui s'empressent de ne pas tenir parole : ils étranglent Ataw Wallpa, le 29 août 1533. L'empire est-il vraiment fini à la suite de cette forfaiture ? Et qui sont les assassins de l'Inca ?
Un empire né au milieu d'un lac ?
De nombreuses légendes font naître la dynastie des empereurs incas sur une île, au centre du lac Titicaca. Mais il s'agit d'une belle légende... qui est encore célébrée aujourd'hui !
A l'origine, le terme « Incas » désignait une petite communauté paysanne vivant dans la vallée de Cuzco, à une altitude de 3450 mètres. Dès le 13ème siècle avant notre ère, les Incas ont commencé à conquérir des territoires et à conclure des accords avec des populations, descendantes parfois de peuples plus anciens. On estime que l'empire inca était formé vers 1400 de notre ère. A l'arrivée des Espagnols, il comptait entre 10 et 12 millions d'habitants. Il s'agissait d'une société très structurée et très hiérarchisée. Les Incas n'appelaient pas leur territoire « empire inca », mais Tawantinsuyu, un terme quechua qui signifie : « quatre bandes réunies » ou « empire des quatre directions ». Le centre de l'empire était la ville de Cuzco, d'où partaient quatre routes. Celles-ci délimitaient les quatre régions composant l'empire.
Un empire abattu par des voyous ?
Sans le moindre doute ! Francisco Pizzarro (vers 1476 - 26 juin 1541) était un ancien gardien de cochons, fils d'une prostituée, né dans la région de Trujillo, en Espagne. Il ne savait ni lire, ni écrire. Au dialogue, il préférait la violence. Fainéant, bagarreur, incapable d'apprendre un métier, poursuivi par la police pour vols, viols et meurtres, il préféra quitter l'Espagne pour le Nouveau Monde. Non seulement pour fuir la justice de son pays, mais dans l'espoir de faire fortune, en pillant les richesses locales. Ce qu'il fit abondamment. Depuis 1528, 168 soldats espagnols, menés par cet aventurier inculte, ont eu des contacts avec l'empire inca.
Les choses se sont très mal passées. La bande de voyous autour de Pizzarro (dont son « frère », dont il n'est pas certain qu'il soit né de la même mère et du même père !) commet des massacres dans des populations pacifiques et hospitalières, notamment dans l'île de Puna, face à la côté du Pérou. Pizzarro retourne en Espagne pour obtenir le financement d'une expédition dans l'empire inca. Cette dernière s'engage en 1531. On connaît la suite. Le « conquérant du Pérou » a détourné des trésors inimaginables, a fait tuer ses « compagnons » qui menaçaient de le dénoncer. Il fonda un établissement côtier, qui deviendra la ville de Lima. C'est là qu'il mourut au cours d'une bagarre d'ivrognes. Son « frère », tout aussi corrompu, fut décapité à Cuzco, en 1548.
Le saviez-vous ?
C'est en Amérique du Sud qu'apparaît l'agriculture. L'archéologie a apporté la preuve d'une présence humaine au Pérou, dès le 15ème siècle avant notre ère. Nous savons aussi que, dès 8.000 avant JC, des plantes, telles que le piment et le haricot, étaient cultivées.
Le lama est domestiqué très tôt dans l'histoire humaine. Le lama et l'alpaga deviennent des animaux de transport, qui fournissent aussi la laine et la viande, depuis le quatrième siècle avant notre ère. En revanche, la vigogne et le guanaco, qui appartiennent aussi à la branche des camélidés (comme le chameau et le dromadaire), sont restés à l'état sauvage.
Les premiers villages apparaissent dès - 4.000. Un millénaire plus tard, les populations du Nord du Pérou commencent à construire des temples et même des centres religieux, ancêtres des villes.
Le nom de la ville de Cuzco. C'est, à l'origine, un terme de la langue aymara, qui signifie « la chouette ». Il est attaché à une légende merveilleuse. Manco Capac, le fondateur de la dynastie inca, avait quitté la région du lac Titicaca pour arriver à un lieu qui deviendra Cuzco. Il ordonna à son frère Ayar Awqa de voler jusqu'à un rocher. Pour obéir à son aîné, Ayar Awqa se transforma en chouette et vola jusqu'au lieu désigné... où il se transforma en rocher. Une belle légende, en effet !
L'extraordinaire écriture inca
« Comment, une écriture ? Les Incas n'avaient pas d'écriture ! ». C'est l'opinion la plus répandue. Mais elle est fausse ! Elle était très différente de tout ce que nous connaissons. Les Incas utilisaient les quipus. Cette « écriture » n'était pas consignée sur du papier ou des parchemins, mais sur des cordes et des bandelettes textiles. La corde principale mesurait de 50 millimètres à 1 centimètre de diamètre. Sur celle-ci venaient se greffer des ficelles de différentes couleurs, de différentes matières (laine, coton...) et munies de nœuds. La couleur, la matière de la ficelle et le sens dans lequel était serré le nœud : tout cela avait une signification. On obtenait ainsi 1536 signes différents. Le plus grand des quipus connus rassemble plus de 1500 cordelettes. Cela permettait de raconter des histoires aussi longues que nos énormes romans !
Hélas ! Les Espagnols n'avaient que mépris pour ces « chiffons ». Ils ne se donnèrent même pas la peine d'essayer de les déchiffrer : ils les brûlèrent. Et, comme toujours, les moines et les prêtres y virent un instrument du diable et s'empressèrent de les détruire. Il ne subsiste qu'un peu plus de 600 quipous, répartis dans les musées du monde. Mais nous ne savons plus les déchiffrer...
Le vrai temple du soleil ?
On a souvent assimilé le « temple du soleil », sorti de l'imagination d'Hergé, au site du Machu Picchu. C'est à la fois vrai et faux. Les Incas avaient divisé leur empire en quatre régions, divisées elles-mêmes en « provinces ». Il y avait 80 centres provinciaux. Le Machu Picchu était l'un d'eux.
En réalité, c'était une résidence impériale, construite, vers 1470, par l'Inca Pachakuti. Le site comptait un peu plus de 200 édifices et abritait environ 750 personnes. On y trouvait donc des lieux de résidence, des maisons modestes, des établissements de bains chauds, des lieux de culte, simples ou plus vastes (les temples), des bâtiments administratifs, une prison... Mais le « vrai » temple du soleil se trouvait à Cuzco, la capitale religieuse de l'empire.
Néanmoins, Hergé se basa sur des photos du site de Machu Picchu, popularisé depuis sa (re)découverte par l'Américain Hiram Bingham III (19 novembre 1875 - 6 juin 1956), en 1911. Il utilisa aussi les reportages du magazine américain National Geographic et des livres de l'explorateur Charles Wiener (1851-1913), un Autrichien qui devint explorateur, linguiste et diplomate français. Il fut un des fondateurs du Musée du Trocadéro, à Paris, auquel il fournit plus de 4000 antiquités, glanées au cours de ses explorations en Amérique latine.
Un soleil dieu...
Telle que la découvrent les Espagnols, la religion des Incas est le produit d'une lente évolution. Au fil de leurs conquêtes et de leurs pactes, les Incas ont assimilé parfois des dieux, vénérés par leurs nouveaux alliés. Ainsi, Wiraqucha (qui signifie « lever du jour »), dieu à Cuzco, avait un équivalent, Wari, dans le centre du Pérou actuel. Les Incas se sentaient avant tout descendant d'une lignée, ce qui explique leur respect des morts. L'ancêtre le plus lointain était le fondateur de l'ayllu (lignée), qui constituait un groupe humain, pour lequel le passé (les morts) était aussi important que le présent. Le culte des morts incitait à momifier les ancêtres. Les Incas ne pratiquaient pas l'embaumement (comme les Egyptiens), mais ils choisissaient avec beaucoup de soin les lieux où ils déposaient leurs morts : endroits secs, bien aérés, sans humidité ou contact avec le sol. Les dieux supérieurs étaient deux : Wiraqucha (en gros, dieu de la terre, gardienne de l'agriculture, de l'eau, de la vie) et Illapa (« L'Eclair »), dieu des phénomènes atmosphériques, sans lesquels la Terre ne pourraient préserver la vie.
A côté de ces deux divinités (et non pas au-dessus d'elles, comme on l'a longtemps cru), il y avait Punchaw (« Le Jour »), c'est-à-dire, le soleil. Le culte au dieu solaire était extraordinairement compliqué, et nous n'en avons toujours pas déchiffré tous les secrets.
...et des sacrifices humains ?
Comme le soleil était aussi important que Wiraqucha et Illapa et parallèle au culte des morts, les sacrifices humains (appelés « qhapaq hucha ») concernaient chacun des aspects religieux du monde inca. Ils n'intervenaient qu'en des circonstances exceptionnelles : la mort de l'Inca, par exemple. C'étaient surtout des lamas qui étaient sacrifiés : on leur arrachait le cœur et le sang récolté dans une urne était renvoyé dans le village qui avait offert l'animal pour le sacrifice. Les enfants sacrifiés devenaient des objets de culte, comme les ancêtres.
Dans le choix des victimes intervenaient parfois des êtres mi-humains, mi-dieux. Ainsi, les récoltes étaient protégées par Pachamama, (« la mère »), injustement élevée au rang de déesse. Le monde des Incas était bourré d'esprits (les wak'a) qui se manifestaient dans certains lieux, dans des phénomènes météorologiques, des pierres, etc. En pénétrant le territoire du Temple du Soleil, Tintin partait bien dans un monde passionnant !

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