Vers une école sans examens ?

Tintin au Congo page 36

Qu'est-ce que c'est le mois de juin ? Pour tous, c'est le moment où le printemps se transforme en été (le 21 juin). Pour d'autres, juin se résume à un jour : le solstice d'été, qui marque le jour le plus long de l'année. Pour les plus jeunes, c'est un mois redouté : celui des examens, celui du bac et, aussi, celui de la peur au ventre, du risque de surchauffe cérébrale !



La faute à Charlemagne ?


Le roi Carolus, qui devint empereur à la Noël de l'an 800, et reçut ainsi le surnom de « Grand » (Magnus, en latin), Charlemagne donc, est présenté comme l'inventeur de l'école, en 784. C'est tout à fait faux ! L'école, telle que nous la connaissons aujourd'hui, date du 19e siècle. Et cependant, chez les Grecs du 6e siècle avant notre ère, on parlait déjà d'écoles ; chez les Romains, aussi. Petite explication.
Charlemagne
Dans l'Antiquité, au Moyen Age et jusqu'au 19e siècle, l'école était réservée à un très petit nombre d'élèves : les enfants des classes les plus riches. L'Etat n'organisait pas l'enseignement, comme c'est le cas de nos jours. Les parents payaient très cher des professeurs pour organiser des cours ; les enfants apportaient en classe de quoi payer le prof, faute de quoi... il n'y avait pas cours !



Des profs esclaves ?


Les riches romains préféraient assurer l'éducation des enfants au sein de la famille. C'est pourquoi les esclaves grecs étaient très prisés. Au début de l'ère chrétienne, on estimait que la Grèce était le berceau de la civilisation et que c'est là que l'on trouvait les meilleurs profs (on disait : les maîtres) et, incidemment, les meilleurs barbiers (qui servaient aussi comme chirurgiens) et les meilleurs spécialistes en médicaments  -  ce qui permettait, à la fois, de trouver les meilleurs remèdes, mais aussi les poisons les plus violents ! A Rome, de nombreux professeurs étaient des esclaves. Ce qui ne veut pas dire que leurs élèves pouvaient les fouetter si d'aventure ces derniers ne trouvaient pas l'enseignement à leur goût ! Au contraire, les Romains étaient très attachés à la discipline et les profs étaient chargés d'inculquer l'ordre et l'obéissance à leurs élèves.
Le saviez-vous ?


Les philosophes de l'Antiquité étaient d'abord des profs. Enseigner la philosophie n'était pas considéré comme une profession. Les seuls revenus des philosophes découlaient de l'enseignement qu'ils dispensaient aux jeunes gens riches, prêts à payer pour suivre les cours.


Certains noms d'école ont survécu jusqu'à nos jours. Quand quelqu'un parle « d'Académie », sait-il qu'il fait allusion à l'école fondée par le philosophe Platon, vers 488 jusqu'en 48 avant notre ère. avant Jésus-Christ ? « Académie » désignait le lieu où étaient donnés les cours : les jardins sur les hauteurs d'Academos, un faubourg d'Athènes. Platon eut plusieurs successeurs, qui animèrent l'Académie jusqu'en 48 avant notre ère.
Une mosaïque trouvée à Pompéi représentant l'Académie de Platon
Aristote, fondateur du lycée ! C'est en effet le grand philosophe Aristote qui était à la tête d'une école de philosophie connue sous le nom de « lycée ». Ce mot vient du grec « lukéion ». Au départ, le Lycée est un gymnase situé non loin du temple d'Apollon lycéen. C'est près de là que les philosophes donnaient des cours. Au gymnase, les jeunes gens pratiquaient plusieurs sports. Comme il s'agissait de jeunes gens fortunés, les philosophes tentaient de les attirer à la fin de leurs exercices corporels. Fondée en 335 av. JC, l'école d'Aristote ferma ses portes en 47 avant notre ère.
Buste d'Aristode
Une école voyageuse ? Pour ce qui concerne Aristote, son « école » ne possédait aucun local : prof et élèves se trouvaient à l'air libre. Aristote enseignait en marchant ! C'est pourquoi son mouvement fut appelé « lycée péripatéticien »ce qui signifie littéralement « le lycée qui marchait autour (du gymnase) ».



Qu'enseignait-on dans les écoles d'autrefois ?


Le moins qu'on puisse dire, c'est que l'école de l'Antiquité ne se souciait guère de son utilité dans l'avancement des sciences ! Dès que les enfants avaient reçu des rudiments de calcul, de lecture, d'orthographe et de grammaire, certains estimaient que cela était bien suffisant. Dans les classes supérieures, on enseignait l'éloquence (aussi appelée « rhétorique » - encore un mot qui a traversé les siècles), la poésie et la philosophie. Tout ce qu'il fallait pour le parfait honnête homme d'Athènes ou de Rome ! Au Moyen Âge, l'enseignement était confié aux moines. Certains d'entre eux devenaient les précepteurs des enfants de riches familles (comme l'étaient les esclaves grecs dans l'Antiquité), d'autres devenaient des copistes. L'imprimerie n'existait pas (elle fut introduite en Occident vers 1440 par Johannes Gensfleisch, dit Gutenberg) : chaque exemplaire d'un livre était réalisé à la main. Les grandes abbayes comportaient un scriptorium, large pièce où des moines lettrés recopiaient des manuscrits.
Gutenberg
Un moine lisait à haute voix le texte à reproduire ; les scribes l'écrivaient sur des parchemins. C'est la raison pour laquelle les manuscrits moyenâgeux d'un même texte comportent des différences. Un moine pouvait mal entendre, un autre pouvait mal orthographier, etc...
Le travail, avant l'école !


Dans nos écoles modernes, les cours se donnent du lundi au vendredi, sauf exceptions locales. Il faut dire que nos semaines comportent 7 jours, dont le dimanche est un jour de repos. Il n'en a pas toujours été ainsi. Ainsi, chez les Romains, on travaillait sept jours sur sept. Pour s'accorder un temps de repos, il existait des fêtes en l'honneur de l'un ou l'autre dieu ou déesse. La plupart de ces fêtes célébraient la fin de la mauvaise saison, la fin des moissons, le début des semailles et des vendanges. Par la suite, les riches romains offrirent des fêtes, tantôt pour se rendre populaires avant des élections, tantôt pour célébrer une victoire ou un empereur dont on voulait s'attirer les faveurs. Sous le Bas-Empire (entre la fin du 2e siècle jusqu'au 5e siècle de notre ère), les jours fériés ne cessèrent de se multiplier : on en compta jusqu'à 250 dans une année ! C'est avec le triomphe du christianisme que fut généralisé le repos du dimanche, correspondant au 7e jour, pendant lequel le Dieu des Juifs et des chrétiens se reposa après avoir créé le monde.



Pourquoi pas de dimanche ?


En réalité, si les Grecs et les Romains ne connaissaient pas le repos du dimanche, c'est en raison de la nature de leurs sociétés. Toute l'économie de l'Antiquité (et même plus tard) était basée sur le travail de la terre, l'agriculture et l'élevage. Or, la nature ne se repose pas un jour par semaine ! Même le dimanche, il faut arroser les plantes, traire les vaches, s'occuper du fourrage, etc.
Dessin d'Hergé extrait d'un projet de calendrier - Tintin et Milou 1943
Nos congés scolaires ont une origine précise. Si les élèves d'Europe sont en vacances aux mois de juillet et d'août, ils le doivent à leurs ancêtres, fils de paysans ! Ces deux mois correspondent à d'intenses travaux dans les champs : il fallait que les enfants soient libres de donner un coup de main à leurs aînés. Donc, pas d'école au cœur de l'été. C'étaient les « jobs de vacances » du temps passé. Des « jobs » non rémunérés...
L'école pour tous ?


Il faut bien se rendre compte que l'Europe (et, par la suite, les Etats-Unis) est un ilot privilégié pour l'enseignement. L'enseignement pour tous, en tout cas. En France, l'instauration d'un enseignement obligatoire et laïc ne date que du 28 mars 1882. Elle est l'œuvre du ministre franc-maçon Jules Ferry (1832-1893).
Jules Ferry
On remarquera que l'enseignement obligatoire n'a qu'un peu plus d'un siècle d'existence, et qu'il a fallu près d'un siècle pour que soit réalisé l'idéal des révolutionnaires de 1789 : l'égalité entre tous les êtres humains, quelles que soient leurs origines sociale, raciale ou géographique ! Que se passait-il avant cela ? Nous avons abandonné l'histoire de l'enseignement peu après le règne de Charlemagne, qui s'achève le 28 janvier 814. A partir de là, l'enseignement tombe presqu'exclusivement aux mains des religieux. Il s'agit, avant tout, de former de « bons chrétiens ». Mais ces « bons chrétiens » sont surtout des chrétiens riches. Les pauvres n'ont pas droit à l'enseignement, car pour apprendre, il faut payer - même si les moines ont fait vœu de pauvreté. Il y eut des exceptions, mais elles restèrent très rares. Il arriva que des moines avaient la fibre sociale et dispensaient un enseignement minimal à des enfants pauvres. Ces expériences firent long feu, parce que les puissants (souvent très peu instruits) estimaient que l'école donnait de « mauvaises idées »... capables de mettre en cause l'ordre établi... Il faut cependant reconnaître qu'avant 1789, certaines familles nobles organisèrent des écoles pour les pauvres  -  mais cela relevait de la charité chrétienne, plus que d'une politique conséquente.
Qui a inventé les examens ?


Non, nous ne dénoncerons personne ! On pourrait désigner Jules Ferry, mais ce serait trop facile. Chez Socrate, Platon, Aristote et Charlemagne, dont nous vous parlions plus haut, les examens n'existaient pas. En tout cas, ils n'étaient pas obligatoires. Platon était un disciple de Socrate. Sans doute, le meilleur. Mais il n'avait jamais rendu de copie ou passé de véritable épreuve orale. Platon écoutait, posait des questions, se formait un avis et l'exprimait à son professeur, Socrate, et à ses condisciples. Chacun avait le droit de donner un avis, positif ou négatif sur l'intervention de Platon. Et en fin de compte, Socrate tranchait et donnait la « bonne » ligne à suivre. Quand les chevaliers du Moyen Âge apprenaient l'art du combat et de la guerre, ils ne passaient pas un examen : c'est sur le champ de bataille qu'ils démontraient s'ils avaient ou non assimilé les enseignements qui avaient été donnés.
Buste de Socrate
Cette situation mena à des abus. Des nobles incapables se voyaient enseigner l'art de la guerre, après quoi, ils étaient nommés à des postes de commandement. C'est ainsi que l'on vit des amiraux (le plus haut grade dans la marine) qui ne mirent jamais le pied sur un galion... parce qu'ils souffraient du mal de mer !



Un avenir pour l'école ?


Il est loin le temps où Tintin enseignait l'arithmétique au tableau, devant une classe de petits Congolais ! Les études modernes font moins appel à la mémoire. Elles laissent une place plus large à l'esprit de découverte et de recherche. Pourquoi s'encombrer l'esprit avec des formules, des textes, des citations que l'on peut trouver d'un clic sur Internet ? Certains envisagent même la fin de l'école et... des profs !
Dans ce scénario, le nouveau prof, ce serait l'ordinateur, où serait dispensé un enseignement entièrement personnalisé et constamment évalué (des examens, en permanence !). Ce système, à l'état embryonnaire, fonctionne dans des régions reculées, où il n'y a ni prof, ni école. Certains peuples nomades fonctionnent ainsi et les élèves y sont brillants. Ils ont vraiment en eux l'envie d'apprendre et Internet leur permet d'aborder des sujets qui n'ont jamais été enseigné par les religieux.Une chose est sûre : dans les prochaines 50 années, l'enseignement ne sera plus celui de Platon, d'Alcuin, de Robert de Sorbon ou d'un lycée de 2011 !
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