Les gaffeurs ne prennent jamais de vacances !
Juillet. La plupart d’entre vous sont en vacances. Autrefois, on chantait « C’est les vacances. Plus de pénitences. Les cahiers au feu et le prof au milieu » ! Ne dites jamais cela à un gaffeur ; plein de bonne volonté, il allumera un feu et… incendiera tout le quartier. Voici un journal un peu plus relax, qui fait la part belle aux gaffeurs en tout genre, honnêtes ou pas…
Tintin et les gaffeurs
Les aventures de Tintin ne manquent pas de gaffeurs monumentaux ! En premier, on retiendra Dupont et Dupond : ils n’en ratent aucune. On le voit dans Le Crabe aux pinces d’or, Le Secret de La Licorne et Le Trésor de Rackham le Rouge : dès que les Dupont(d) interviennent, les « aventures de Tintin » deviennent les « mésaventures de Tintin » !
Il se dit qu’un certain nombre des maladresses des deux détectives furent inspirées par Edgar-Pierre Jacobs, collaborateur d’Hergé, au début des années 1940. Il n’avait pas son pareil pour renverser une saucière ou une soupière ! Chanteur d’opéra, avant de se consacrer à la BD, Jacobs s’exprimait avec force gestes théâtraux. Dans un restaurant, cela provoquait quelques malheurs, si d’aventure un serveur chargé de plats passait à proximité ! On en trouve comme un écho dans la scène de L’Affaire Tournesol, illustrée ci-dessous !
La science et les gaffes
Dans ce domaine de la gaffe, Tournesol ne se défend pas mal. Mais il s’agit de gaffes « scientifiques ».
D’ordinaire, les scientifiques gaffeurs des romans, films et bandes dessinées nourrissent de noirs desseins. Ils veulent devenir maîtres du monde ou se mettre au service de dictateurs et de chefs de bandes. Hergé renouvelle le genre en créant un savant qui veut le bien de l’humanité et ne travaille qu’en ce sens. Evidemment, il lui arrive de se tromper !
Les Oscars des gaffeurs
C’est en 1993 et aux Etats-Unis que la journaliste Wendy Northcutt a créé les Darwin Awards (Prix Darwin). On sait que Charles Darwin (1809-1882) est l’auteur d’une théorie de l’évolution, mais aussi de la sélection des espèces. Pour la résumer au maximum : les plus forts survivent, les faibles disparaissent. C’est en appliquant ce principe que Mme Northcutt a créé ses Darwin Awards, sortes d’Oscar des gaffeurs, idiots, maladroits et compagnie. La plupart du temps, ces oscars de la gaffe sont attribués à titre posthume, puisque les récipiendaires du titre sont morts à cause de leur stupidité.
Un exemple : en 2009, à Dinant (Belgique), un malfrat est mort, écrasé par la façade de la banque qu’il venait de dynamiter. On citera aussi cet habitant de Toronto qui, en 1996, tomba du 24ème étage d’un immeuble, alors qu’il voulait vérifier la solidité des vitres ; il s’était élancé de toutes ses forces et de tout son poids sur la fenêtre de son bureau et… passa au travers.
Méfiez-vous de la dynamite !
Nous sommes au Kentucky. Un vendredi soir, les mineurs se réunissent au bistrot et boivent plus que de raison. L’un d’entre eux invite ses copains à la pêche dans un lac voisin. Problème : le lac est gelé. Qu’à cela ne tienne, les mineurs disposent de bâtons de dynamite. Les voici au bord du lac. L’un des mineurs lance une charge de dynamite vers le centre de l’étendue glacée. C’est le moment que choisit un chien pour s’élancer à la poursuite du bâton. Il le ramène, très fier de lui-même. Juste à temps pour le faire exploser au milieu des mineurs complètement saouls.
Un seul survivant pourra raconter ce qui s’est passé ! En 2001, en Croatie, un futur artiste de cirque s’amusa à jongler avec des grenades. Inutile de préciser que la carrière de cet « artiste » fut, hélas !, très courte. Tout aussi brève, l’existence de cet Américain qui ouvrit une lettre piégée – sans se rendre compte qu’il l’avait envoyée lui-même, mais qu’elle lui avait été retournée par la poste parce qu’elle n’était pas suffisamment affranchie…
Le saviez-vous ?
Avec les vacances, certains risquent de se trouver dans des situations dangereuses, sans qu’ils le sachent. Par exemple, sur la côte de la Mer du Nord (Belgique), de la Manche et de l’Atlantique (France), on trouve encore des abris (bunkers) datant de la dernière guerre mondiale (1939-1945). Sauf si une pancarte le permet, ne pénétrez jamais dans ces constructions, car il s’y trouve souvent des munitions qui n’ont pas encore explosé – cela arrivera si vous manipulez des grenades ou des obus !
Dans les parcs d’attraction, respectez scrupuleusement les règles de sécurité. Cela peut paraître ennuyeux et contraignant, mais il en va de votre vie. On dénombre trop de jeunes, handicapés à vie, parce qu’ils ont voulu « faire le malin » en ne se harnachant pas selon les exigences de l’exploitant de l’attraction.
Si vous aimez le catch américain, dites-vous bien que les combats sont de véritables chorégraphies. Les coups ne sont pas réellement portés (si c’était le cas, les catcheurs finiraient le combat, le visage en sang), l’écrasement de l’adversaire est soigneusement répété et ne cause aucune douleur. Donc, n’organisez pas de combat de catch, en vous disant que vous ne risquez rien. Vous risquez un max !
Les surprises qui attendent les gaffeurs
Toutes les gaffes ne sont pas le fait de gens malhonnêtes et ne connaissent pas des fins tragiques. Citons le cas de cette zürichoise qui appelle les pompiers : son téléviseur est en feu et risque d’exploser. Les hommes du feu accourent. Et constatent que l’incendie, c’est un documentaire à la télévision. Commentaire d’un pompier : « Il nous a suffi de tourner le bouton, et l’incendie était éteint ! ». La mésaventure de la londonienne Joanna Kirchmeier vaut son pesant d’or. Arrivée à l’aéroport d’Heathrow pour y accueillir son mari, elle découvre ce dernier, immobile, face à un miroir. Explication : M. Kirchmeier est hypnotiseur. Il avait essayé une nouvelle méthode d’hypnotisme sur lui-même. Cela marcha tellement bien qu’il en fut hypnotisé et qu’il ne s’aperçut pas qu’un pickpocket lui avait volé son portefeuille, ses clés, des mouchoirs et même sa ceinture en peau de crocodile !
A Shelbyville (Tennessee – USA), un automobiliste s’est fait voler son iPod dans la voiture garée devant un grand magasin. Le rapport de police précise : « L’automobiliste avait fermé les portes à clé, relevé les fenêtres, activé l’alarme. Mais il avait omis de remettre en place le toit de sa décapotable ».
On peut être voleur et gaffeur !
On ne compte plus les voleurs qui se font attraper à cause de leur sottise. Ainsi, ce pilleur de banque, dans le Michigan (USA). Il prépare soigneusement son coup : il prépare un grand sac en papier, qu’il compte se mettre sur la tête. A cet effet, il prévoit deux trous pour les yeux. Arrivé à la banque, il passe le sac sur la tête… à l’envers. Les trous sont dans la nuque ! Tant bien que mal, il se fait remettre l’argent (à l’aveugle, pourrait-on dire !), prend la fuite. Mais aveuglé par le sac, prison du poste de police. Il n’est pas rare qu’un dévaliseur de banque oublie un papier d’identité. C’est le cas de l’un d’entre eux qui, afin que l’on ne reconnaisse pas sa voix, avait présenté au guichetier une enveloppe au dos de laquelle il avait écrit « Ceci est un hold-up. Donnez-moi tout l’argent de la caisse ou je tire ».
L’homme de la banque s’exécuta. Le bandit prit la fuite, abandonnant l’enveloppe qui, sur son recto, comportait le nom du bandit et son adresse !
Les gaffeurs en bande dessinée
S’il est un personnage répandu dans l’univers de la bande dessinée, c’est bien le gaffeur. Le plus célèbre de tous reste Gaston Lagaffe, créé en 1957 par André Franquin (1924-1997).
Le même auteur créa un autre gaffeur célèbre, au sein des aventures de Spirou et Fantasio : Zorglub, symbole même du scientifique dévoyé.
Autre scientifique dans la lune : le professeur Philémon Siclone, précurseur de Tournesol.
Ainsi, il se situait dans la droite ligne des tout premiers personnages de la bande dessinée moderne : La Famille Fenouillard, créée en 1889 par Marie-Louis-Georges Colomb, dit Christophe (1856-1945). Pour bien montrer le côté gaffeur de Monsieur Fenouillard, Christophe l’avait d’abord appelé « Cornouillet » !
Le même Christophe est le créateur du savant Cosinus (1893 – son véritable patronyme était : Pancrace Eusèbe Zéphyrin Brioché !), scientifique distrait et fantaisiste, auquel Tournesol doit beaucoup.
Au cinéma, les rois de la gaffe sont Laurel et Hardy. Le scénario de leurs films est, la plupart du temps, inspiré par des gaffes qui provoquent des catastrophes. Remarquons enfin que les savants ahuris trouvent leurs modèles dans la réalité. Ainsi le mathématicien français, Michel Chasles (1793-1880), dont le nom figure sur la face « Trocadéro » de la Tour Eifel, à Paris, avait tout du savant distrait. Son hobby consistait à collectionner les autographes de gens célèbres. Exploitant cette obsession, un faussaire, Vrain-Denis Lucas (1818-1882), lui fournit des lettres « authentiques » de Cléopâtre à Jules César, d’Alexandre le Grand à Aristote, de l’apôtre Pierre à Lazare (personnage fictif du Nouveau Testament !), de Jeanne d’Arc, de Ponce Pilate, de Judas à Jésus. La supercherie éclata lorsque Chasles présenta à l’Académie des Sciences des lettres (fausses) de Blaise Pascal à Newton. Il ne fut pas difficile d’établir que ces missives étaient fausses.Et le mathématicien ne se remit jamais de cette honte ! Quand on parle de gaffes et de gaffeurs, on en vient à se demander : « Qu’est-ce qui est le plus drôle ? La fiction ou la réalité ? »

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