Tintin et ses jeunes lecteurs ! Les digital natives
La lecture du Journal Tintin a été un moment de pur bonheur pour plusieurs générations nées après la seconde guerre mondiale. Chaque jeudi, les enfants pouvaient lire leur magazine préféré. Ils allaient soit l'acheter chez leur libraire, soit le recevait dans leur boîte aux lettres via le service abonnement. Bien sûr, il y avait aussi la concurrence avec l'hebdomadaire Spirou !
Ces mêmes lecteurs attendaient impatiemment la parution des albums qui étaient prépubliés dans le journal. Hergé, avec l'aide de Casterman, avait déjà montré la voie en publiant Les Aventures de Tintin en albums depuis 1930. Dos toilé, impression sur papier épais, mise en couleurs (à partir de 1942) sont autant de détails qui donnaient le goût à la lecture.
La découverte de ces magazines pour jeunes et de ces albums brochés participait à la vie quotidienne de tous les enfants et adolescents de cette époque.
L'ère des ruptures
La généralisation des tablettes numériques a bousculé les habitudes, tout en ouvrant de nouvelles perspectives auprès des jeunes générations de lecteurs ! Cette révolution numérique accouche d'une nouvelle génération dite «digital natives». Le terme est né sous la plume de Marc Prensky qui a publié un dossier sur cette nouvelle génération (10- 24 ans), née dans un monde archi dominé par les médias.
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Cette génération parfois dénommée aussi «Y» (voir wikipedia) dispose d'une maîtrise intuitive de la technologie. Le Web est leur terrain de jeu ou leur espace de liberté (ils passent en moyenne près de treize heures par semaine sur Internet (source : culture prospective). Les kids du troisième millénaire sont férus d'une technologie tournée vers la communication (messagerie instantanée, blogs, réseaux sociaux, etc...). Leur mobile est devenu en quelque sorte le prolongement de leur cerveau !
Alors que la force de l'interactivité et la capacité de communication se sont démultipliées avec le Net, le mode consommatoire s'individualise et se complexifie. Chacun, quelque peu isolé dans sa bulle, constamment connecté, jouit du pouvoir d'imposer ses volontés culturelles. La culture se propage ou se consomme de plus en plus à la demande. L'homo mobilis se caractérise aussi par une multi-activité: par exemple, en approfondissant un programme TV tout en le couplant avec une application sur tablette qui cristallise le phénomène «applications second screen».
Ces mutations profondes posent plus que jamais la question de la place de la lecture chez les jeunes.
La lecture
Pendant longtemps, la lecture était réservée à une élite. Fort heureusement, les choses ont évolué et la lecture demeure un des apprentissages fondamentaux prodigués pour tous à l'école primaire. Avec l'instruction obligatoire dans bon nombre de pays, l'analphabétisme était considéré comme un problème réglé une fois pour toutes. Mais au vu de certaines compétences limitées en lecture et écriture d'une partie de la population la plus défavorisée, le terme illettrisme a vu le jour et la mobilisation se poursuit pour endiguer ce phénomène :
L'illettrisme touche 3, 1 millions de personnes en France.
La Belgique n'est pas épargnée par ce fléau social : +/- un million de Belges serait concerné par l'illettrisme. Phénomène parfois ignoré, la pratique de la lecture a tendance à baisser avec l'âge ! La vie active l'emporte sur le plaisir de lire. Les formes de lecture changent au fil des générations. D'une approche plutôt linéaire et littéraire, on passe à des formes plus éclectiques (lecture d'un magazine plutôt que d'un livre) ou interactives (lecture à l'écran). Ces changements se font d'ores et déjà fait sentir. Selon une étude réalisée par The Reading Agency et Ipsos Mori, un peu moins de 50% des parents anglais lisent des histoires à leurs enfants sur tablette et e-readers : "Half of Bedtime Stories Now Read on E-Books." Une existence numérique devient en conséquence essentielle, au risque d'être contrefait ou d'être ignoré d'une partie de la nouvelle génération : to be digital or not to be !
Le numérique, une nouvelle étape pour Tintin
Nous avions déjà exposé les nouvelles perspectives qui se profilaient pour Tintin lors de notre journal précédent intitulé "Tintin et les applications".
Une nouvelle page se tourne ou se crée pour Tintin. Après Le Petit Vingtième, les albums en noir et blanc, les films fixes, les albums en couleur, les dessins animés (sans oublier le film de Steven Spielberg), la version numérique des albums constituera une ultime étape pour permettre à Tintin de traverser les âgesen fonction des nouveaux modes de consommation de la culture. À chaque génération, son média ou son support ! La génération digital native dispose de la tablette.
Le premier contact visuel avec l'univers de la bande dessinée passera désormais par le numérique. Le puer mobilis manie le «touch» avant la lecture ! Fort heureusement, ce véritable tremplin numérique devrait permettre ensuite de ramener le lecteur aux albums papiers. Toutefois, le quotidien papier mourra bientôt de sa belle mort. Force est de constater que l'aventure du Journal Tintin telle que vécue dans les années 50 à 80 est à ranger définitivement au placard...
Bien sûr, ce nouvel élan numérique ne se fera pas en une fois, mais il est incontournable. Cette nouvelle forme d'édition devra miser sur plusieurs facteurs pour réussir le pari digital :
- La nécessité de réfléchir en terme de «service» au lieu de «produit»
- Il faudra optimiser la relation avec le lecteur
- Bien définir la convivialité de l'interface
- Idem pour son interactivité (relire le journal sur «Tintin et les applications»)
- Concevoir le partage avec les autres lecteurs (dimension sociale à la lecture)
- Envisager l'expérience par l'enrichissement audio, l'affichage des versions étrangères et la découverte du making of des albums, etc...
Moulinsart se prépare à mettre en boîte la version numérique des albums. Ceci constituera un petit pas pour Tintin et un grand pas pour la nouvelle génération des lecteurs de Tintin !

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