Un personnage… au poil !
Dans l’univers soigneusement dessiné d’Hergé, peuplé de reporters intrépides et d’aventuriers ingénus, un singe facétieux tire son épingle du jeu : Jocko. Lumière sur ce sympathique compagnon à fourrure.
Carte d’identité
- Espèce : Chimpanzé, de la famille des Hominidés (grands singes)
- Statut : Singe domestique, animal de compagnie
- Prénom : Jocko. Usuellement donné aux individus de son espèce. Comprenez par-là que « Jocko » est au singe ce que « Médor » est au chien ou « Félix » au chat, par exemple. Et visiblement, cette tradition culturelle ne date pas d’hier… En 1740, un singe capturé vivant est envoyé à Paris pour être « mis en spectacle par un montreur d’animaux » explique Jorge Martinez Contreras dans son ouvrage intitulé Les primates de Buffon. L’animal décède peu de temps après son arrivée et le comte Georges-Louis Leclerc de Buffon, alors surintendant du Jardin du Roi (ou Jardin royal des plantes médicinales, actuel Musée National d’Histoire Naturelle de Paris), achète sa dépouille et le fait naturaliser, en vue de l’étudier. Pour le décrire dans ses travaux et le distinguer du "pongo" (autre espèce de la famille des Hominidés), le scientifique le qualifie alors de… "jocko". Selon Jacques Cuisin dans Singerie. A la frontière de l’humain, ce qualificatif employé par Buffon « se fonde sur le nom "enjoko", publié au tome cinquième de l’Histoire générale des voyages de l’abbé Prévost (1748), dont il (a) enlevé l’article "en" pour ne garder que le substantif "jocko". […] (Ce) nom (a été) initialement rapporté par Andrew Battel lors de son long séjour […] au Congo sous la forme "engeco". » Par la suite, le terme "jocko" glisse dans le langage populaire pour devenir LE prénom simiesque par excellence. Si bien que de nombreux individus sont ainsi baptisés. Parmi les plus célèbres, citons : le personnage central de Jocko ou le singe du Brésil, une pièce de théâtre de 1825, signée Gabriel et Edmond ; le héros dessiné par Benjamin Rabier, en 1912, pour l’album jeunesse Martin et Jocko ; ou encore, Jocko, la peluche chimpanzé commercialisée par la marque Steiff, à partir des années 1930.
- Première apparition : Le "Manitoba" ne répond plus, premier épisode du Rayon du Mystère
- Signe particulier : Personnage fondateur – et fédérateur, aussi – de Jo, Zette et Jocko, une série créée par Hergé, en1936, à la demande de Cœur Vaillant (premier hebdomadaire français à diffuser Les aventures de Tintin). « J’avais à ce moment-là des jouets chez moi pour un travail de publicité, et parmi eux un singe appelé Jocko. Et j’ai donc fondé, à partir de ce Jocko, une petite famille nouvelle, vraiment pour répondre au souhait de ces messieurs de Cœurs vaillants » explique Hergé, lors de ses entretiens avec Numa Sadoul.
- Caractère : Fidèle, malin, curieux, espiègle et affectueux
La part animale
Les animaux ont toujours occupé une place importante – et de choix – dans l’œuvre d’Hergé. Le plus célèbre d’entre eux est, sans conteste, Milou, le fidèle fox-terrier de Tintin, à la fois compagnon, commentateur ironique et sauveur héroïque.
À ses côtés, on retrouve également Jocko, le singe malicieux, rusé et plein d’entrain de Jo et Zette. Comme son « cousin » canin, ce dernier a été anthropomorphisé de façon à enrichir l'histoire. De fait, il exprime des émotions, il reflète l’humanité des personnages qui l’entourent, mais surtout, il parle et pense en bulles – et ce, même s’il soliloque plus qu’il ne dialogue.
Bien qu’humanisé, Jocko conserve tout de même son essence originelle. Ce pourquoi il saute, grimpe, grimace et crie. Des comportements spontanés qui introduisent, évidemment, une touche d’imprévisible et donc, de drôlerie. De quoi bousculer avec justesse le charme enfantin du récit.
Malin... comme un singe
A l’instar de ses congénères, Jocko fait preuve d’une intelligence vive, d’un sens aiguisé de l’observation et d’une capacité étonnante à réagir face au danger. Il comprend très vite la situation, repère les pièges ou les ennemis, et trouve des solutions improbables, voire inattendues, pour aider ses jeunes maîtres.
Que ce soit pour trouver des éléments-clés, déclencher des mécanismes, échapper à des poursuivants ou signaler un danger, Jocko agit toujours avec rapidité et ingéniosité. Ce comportement débrouillard et rusé fait de lui un véritable allié, surtout dans les moments les plus critiques de l’histoire.
En plus de contribuer activement à la progression de l’intrigue, Jocko est aussi un formidable ressort humoristique. D’ailleurs, même si ces interventions sont souvent décisives, celles-ci ont très vite tendance à tourner au gag pour donner lieu à de truculentes scènes comiques, dont lui seul à le secret. Dans L’Éruption du Karamako, son irruption lors de la séance de spiritisme en est un parfait exemple.
Et comme ce n’est pas au vieux singe que l’on apprend à faire la grimace, il sait pertinemment, aussi, que l’arme la plus sûre – tant pour amuser la galerie que pour neutraliser l’ennemi –, reste l’incontournable… peau de banane. Raison pour laquelle il use et abuse de ce glissant classique tout au long de la série.
Textes et images © Hergé / Tintinimaginatio - 2025

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