Une icône estivale
A n’en pas douter, Dupont et Dupond sont des inconditionnels du déguisement. Aussi, lorsqu’ils ont l’occasion de prendre le large, ils n’hésitent pas à troquer leurs habituelles parures de « Men in black » pour enfiler leurs costumes de marin.
Dans Le Trésor de Rackham le Rouge, tout comme dans Tintin au pays de l’or noir, c’est en effet dans cet accoutrement, qu’ils montent fièrement sur le pont, persuadés d’être en parfaite adéquation avec la situation. Encore un fashion faux-pas, bien sûr ! Mais derrière cette amusante maladresse vestimentaire se cache une référence plus large, presque inconsciente, à une imagerie populaire bien ancrée…
Comme un air (de) marin
A l’origine, le costume de marin est l’uniforme porté par les « gars de la marine » (dixit le capitaine Haddock dans Le Crabe aux pinces d’or). Autrement dit : par les marins militaires.
Mais contre toute attente, dans le dernier quart du XIXe siècle, il donne lieu à un surprenant effet de bord... et de mode, surtout, puisqu'il est adopté comme vêtement d’enfant dans les milieux aristocratiques et bourgeois. D'ailleurs, le premier bambin célèbre à s’afficher ainsi, n’est autre que le prince de Galles (le futur roi d'Angleterre Edouard VII), en personne.
Il n'en fallait pas plus pour que le bleu marine, les rayures et le col carré deviennent les marqueurs forts d’un style chic, pratique et élégant, mais synonyme – tout de même – d’une certaine discipline. A partir de 1900 et principalement dans l’entre-deux-guerres, ensuite, sa symbolique évolue.
Il faut dire aussi que les années 1930 voient naître le tourisme balnéaire. Un phénomène de société encouragé par le développement des congés payés (à partir de 1936, pour la Belgique et la France) et par l’idéal hygiéniste de l’époque qui vante les bienfaits… de l’air marin. Aller « prendre l’air » est désormais un luxe accessible à une part croissante de la population. Dans ce contexte, le costume de marin devient logiquement LE symbole des vacances en bord de mer.
La presse illustrée – très en vague… euh, très en vogue à cette période – diffuse alors, dans ses pages, une nouvelle image : celle du jeune mousse, incarnant la joie des départs en vacances.
« Vivent les vacances »
Comme d’autres confrères avant lui, Hergé se frotte aussi à ce type d'iconographie. Il réalise, par exemple, une illustration de couverture sur ce thème pour Le Petit Vingtième du 7 juillet 1932. Dans cette composition au graphisme épuré, empreinte de style Art Déco, le personnage est un archétype universel, immédiatement compréhensible et identifiable : il ne s’agit pas d’un enfant en particulier, mais bien de l’enfant en vacances, en général.
En outre, l’inscription qui l’accompagne semble flotter comme une chanson d’été, afin de souligner sa gaieté insouciante. Et chose amusante, le bagage étiqueté « Ostende » suggère, quant à lui, plus la modernité du train que celle des yachts et autres embarcations de plaisance utilisées en Mer du Nord, durant la belle saison.
Conclusion
Qu’ils soient portés par un enfant en route pour les vacances ou par les inénarrables Dupondt en mission, les costumes de marin racontent bien plus qu’un simple choix vestimentaire. Ils incarnent une tradition, une esthétique, mais surtout un imaginaire collectif fait de départs, d’aventures et de légèreté.
Hergé, en fin observateur de son époque, en capte toute la portée symbolique et graphique, et l’intègre avec humour et finesse dans ses planches. Sous sa plume, le costume devient alors un véritable vecteur narratif, à la fois comique et évocateur, qui relie les personnages à une culture visuelle partagée… entre mode, histoire et farniente.
Textes et images © Hergé / Tintinimaginatio - 2025

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