Un athlète méconnu
Ouverture des Jeux Olympiques d’Hiver oblige, tintin.com a choisi de mettre à l’honneur un sportif singulier, dont le nom reste injustement absent des palmarès officiels : le Maharadja de Gopal.
Loin des projecteurs et des hymnes nationaux, c’est pourtant grâce à lui que s’écrit à Vargèse – petite station fictive de Haute-Savoie – l’une des pages les plus audacieuses de l’histoire du ski…
Qu’on se le dise : à Vargèse, le Maharadja ne skie pas : il invente !
Alors que les champions d’aujourd’hui recherchent la ligne parfaite, la vitesse maîtrisée et la trajectoire optimale, le prince indien, lui, ne vise qu’une seule chose : revisiter la discipline en en cassant les codes jusqu’alors établis. De fait, c’est logique, sa pratique est bien loin d’être académique…
Première grande signature de son style : le ski chaotique, que certains puristes qualifient à tort d’« improvisé », mais qui relève en réalité d’un sens aigu de l’équilibre… dans le déséquilibre. Tantôt tête en avant, le Maharadja s’élance dans un piqué vertigineux, le corps tendu comme une flèche pour mieux fendre la neige et faire corps avec elle. Tantôt dos en arrière – dans une figure improbable que l’on pourrait qualifier, à juste titre, de « cobras inversé » –, pour s’élancer dans une glissade où le skieur émérite semble défier toutes les lois de la gravité. Son regard est tourné vers le ciel pendant que ses skis tracent leur propre trajectoire, dessinant un angle quasi perpendiculaire à la pente, comme s’ils refusaient toute idée même de descente conventionnelle.
Autre discipline dont il est l’unique représentant : le ski d’obstacles, dont le principe semble librement inspiré du saut équestre. Mais attention, ici, point de contournement ou d’évitement aérien. Car là où le cavalier franchi la haie de manière acrobatique, le Maharadja, lui, traverse l’obstacle de part en part. Portes, meubles, vaisselles : rien ne l’arrête. L’obstacle n’est plus une contrainte, mais une matière à percer. Une philosophie radicale à laisser les moniteurs de ski sans voix… et les assureurs, en sueur !
Et pour finir, évoquons ce qui est sans doute sa création la plus déroutante. A savoir : le ski de trous. Antithèse absolue du célèbre… ski de bosses. Cette pratique originale consiste non pas à épouser les reliefs, mais à disparaître dans leurs absences. Il s’agit-là d’une discipline ô combien physique et technique puisqu’elle exige à la fois une lecture instinctive du terrain, une précision millimétrée de la chute mais surtout, un effort d’arrachement pour s’extraire de la cavité – après en avoir touché le fond, bien entendu.
A l’heure où les JO célèbrent la performance normée et la répétition du geste parfait, le Maharadja de Gopal rappelle que le sport peut aussi être un terrain de libre expression et d’expérimentation.
Méconnu, certes. Inclassable, assurément. Mais sur les pentes de Vargèse, une chose est sûre : le ski a trouvé son prince rebelle !
Textes et images © Hergé / Tintinimaginatio - 2026

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