La photographie s’expose au Musée Hergé
A travers 46 clichés noir et blanc, le photographe Thomas Van Der Gucht propose une immersion puissante et sensible dans le paysage architectural de Louvain-la-Neuve.
Née d’une fracture historique entre mondes latin et germanique, la ville s’est construite sur une faille culturelle, politique et urbaine. L’exposition explore, avec justesse, cette tension originelle – celle d’un territoire pensé avant d’être vécu, celle d’une utopie devenue matière.
Le regard porté par ThomasV révèle ce qui se cache derrière ses lignes de béton, ses perspectives dynamiques et ses géométries familières : gestes furtifs, présences silencieuses, traces humaines et récits invisibles. Son travail instaure un dialogue permanent entre l’humain et le bâti, entre mémoire et devenir.
Ses photographies abordent plusieurs thèmes majeurs : l’héritage de l’exil fondateur du 20 octobre 1972, la rencontre entre le béton moderniste et le « village gaulois » environnant, la coexistence complice ou heurtée entre habitants et étudiants, sans oublier les frictions fécondes entre quotidien et savoir académique. La ville apparaît ainsi comme une scène vivante, un théâtre à ciel ouvert où se croisent résidents attentifs, étudiants pressés et visiteurs de passage.
Entre lumière, matière et mouvement, chaque image raconte une ville en perpétuelle évolution.
Une exposition inédite qui offre un regard artistique fort sur une cité universitaire unique en Belgique.
Fun fact...
L'exposition réunit 46 clichés, soit 20 + 26... comme 2026 ! Un clin d'oeil symbolique à l'année qui donne à cette sélection une résonance particulière.
Et pour en savoir plus, l’équipe de Tintin.com s’est entretenue avec l’artiste, avant l’ouverture de son exposition au grand public.
ThomasV, merci de nous accorder cette interview. Pour commencer, qu’est-ce qui vous a donné envie de consacrer une série photographique à Louvain-la-Neuve et de la présenter au Musée Hergé ?
ThomasV : Louvain-la-Neuve est une ville qui se lit autant qu'elle s'écoute. C'est un « palimpseste vivant ». Un territoire fascinant où chaque paysage révèle une faille ou une promesse. Et c'est précisément cette matière sensible que ce projet photographique entend explorer. Quant au Musée Hergé, c'est un lieu incontournable et emblématique de la ville. Un lieu de mémoire et de convivialité résolument tourné vers l'avenir. Et c'est une chance de pouvoir y exposer.
Le Musée Hergé est l’un des lieux emblématiques de la ville. Il occupe aussi une place importante dans l’exposition. Comment avez-vous dialogué avec son architecture singulière ? Quels éléments ou détails vous ont-ils le plus interpellé ?
ThomasV : Nous parlons ici de la matérialisation d’une intention. Celle d’une grande dame. Fanny
Rodwell. Le dialogue fut aussi simple qu’évident. Lorsqu’un lieu est érigé avec amour, il est d’autant plus simple à photographier. Le bleu de Fanny repris sur l’ascenseur évoque d’une part l’Italie des grands maîtres et d’autre part un certain premier voyage. Ce détail m’a particulièrement ému.
Toutes vos photographies sont en noir et blanc. Pourquoi avez-vous fait ce choix esthétique ? Y voyez-vous, comme chez Hergé, une manière de mettre en valeur les lignes et donc, de magnifier vos sujets ?
ThomasV : Light is right! La contrainte est source d’inspiration et de créativité. Le noir et
blanc, intemporel. Cet ensemble me permet d’aller à l’essentiel : peindre avec la lumière. Keep it simple! « Pourquoi jouer beaucoup de notes quand il suffit de jouer les bonnes ? » Miles Davis et Nick Rodwell ont cet adage en commun. Noir/Blanc. Très inspirant… Hergé est un visionnaire tandis que je ne suis qu’un simple témoin. Coexister dans l’ombre de l’ombre d’Hergé le temps d’une exposition est déjà un honneur en soi. Derrière ce travail, il y a surtout une équipe à laquelle l’existence de ce projet est intimement liée (Sophie, Catherine, Yves, mon fils Aymé,…). Je profite de l’occasion pour les remercier ainsi que Nick Rodwell pour la confiance qu’il m’a accordée.
Vous travaillez avec un appareil spécifique. Pouvez-vous nous en dire plus à son sujet ? En quoi ce choix technique influence-t-il votre façon de photographier, votre rapport au sujet et le rendu final de vos images ?
ThomasV : Le choix du système M11 monochrome de Leica et l’objectif apochromatique 35 mm de la même marque s’est imposé de lui-même pour la limpidité des images que cet ensemble crée. Les nuances de tonalités ont été réalisées à l’aide de filtres de couleurs. À l’ancienne… Ainsi, je résume mon rapport au sujet à son expression la plus simple en faisant abstraction de tous les détails d’ordre technique relatifs aux réglages du boîtier afin d’être entièrement concentré sur le résultat final et ce, dès la prise de vue. Cela me permet de ne pas prendre ou faire une photo mais bien de l’accueillir lorsqu’elle se présente à moi.
Vous privilégiez également le format paysage. Pourquoi ce cadrage s’est-il imposé à vous ? Influence-t-il la narration de vos images ?
ThomasV : Qui voit verticalement ? Vous ? Rendre justice à la réalité est important à mes yeux. L’horizontalité symbolise la ligne du temps dont je me sers pour fractionner les séquences tel que je les perçois.
Votre travail accorde une grande importance aux lignes, aux volumes et aux silences urbains. Comment définiriez-vous votre regard sur Louvain-la-Neuve ?
ThomasV : Louvain-la-Neuve est la preuve minérale et vivante que, d’une fracture sociale regrettable, peut naître un nouvel espace de vie résolument tourné vers l’humain et l’avenir. Un silence urbain n’est-il pas la rémanence d’une trace de vie ? Une ligne ne doit-elle pas être la plus claire possible ? Quant à la définition de ce que j’exprime à travers ces photographies, je préfère laisser au visiteur le choix des mots.
Et pour finir, y a-t-il une photographie à laquelle vous êtes particulièrement attaché ou qui résume, selon vous, l’esprit de l’exposition ?
ThomasV : Mon thème principal est l’humain. Je dirais donc la photographie de Didier.
Textes et images © Hergé / Tintinimaginatio - 2026

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