Une coiffure signature
Un ovale pour le visage, deux points pour les yeux, un rond en guise de nez. Rien ne prédestinait Tintin à devenir – graphiquement parlant – un héros qui sort du lot. Et pourtant…
Parce qu’il le vaut bien
Au début de sa première aventure, l’apprenti journaliste arbore une coupe… de boy-scout. Cette dernière est effectivement des plus « sages ». Elle est courte, classique mais surtout, facile à entretenir. Les cheveux sont plaqués sur le crâne et ramenés vers l’avant pour former un discret toupet juste au-dessus du front. En somme, une coiffure modèle qu’ont dû approuver toutes les mamans de l’époque.
Oui mais voilà, c’était sans compter sur le fait qu’à la huitième planche de l’album, Tintin se glisse dans une auto. Et la puissance d’accélération du bolide est telle que le jeune Bruxellois en garde une séquelle capillaire dont il ne se défera plus jamais par après : sa fameuse houppe.
En relevant cette mèche sous l’effet de la vitesse, Hergé réinvente déjà son héros… tout juste né. Grâce à cela, la créature lisse et passe-partout des débuts se transforme aussitôt en une figure du mouvement. Et fort heureusement ! Car Tintin est taillé pour la route.
C’est un jeune homme de terrain et d’action. Un pur concentré d’énergie et d’audace qui ne tient pas en place. Autant dire tout de suite que cette (r)évolution capillaire est bien plus en adéquation avec sa nature profonde. Désormais, c’est donc… cheveux au vent qu’il file vers l’aventure.
Même mouillés, ils sont souvent secs
Autre particularité et non des moindres : la mise en plis de Tintin défie régulièrement les lois de la nature. Là où le commun des mortels ressortirait d’une averse ou d’une déferlante marine avec les cheveux raplapla, voire totalement hirsutes, Tintin, lui, s’en sort indemne.
Si bien que l’eau semble glisser sur sa mèche comme sur les plumes d’un canard. Autrement dit : comme si les éléments n’avaient aucune prise sur elle. S’agit-il d’une coquetterie d’Hergé – quitte, pour une fois, à sacrifier un peu du réalisme auquel il est d’ordinaire si attaché – pour que son héros conserve son attribut le plus distinctif ? Ou faut-il imaginer que cette mèche – visiblement rebelle – soit savamment imperméabilisée à grand renfort de laque ou de gel ?
L’histoire ne le dit pas, mais une chose est sûre : grâce à ce traitement de faveur, la houpette de Tintin conserve son panache et ce, quelles que soient les circonstances. Ni boucle, ni frisottis ne viennent altérer sa courbure légendaire. Mais il faut bien, tout de même, quelques – rares – exceptions pour confirmer la règle.
Ainsi, dans Le Lotus bleu, lorsque Tintin plonge pour sauver son ami Tchang des eaux du Yang-Tsé-Kiang, sa mèche se plaque enfin sur son front, mais le temps d’une ou deux cases seulement. Idem dans Le Crabe aux pinces d’or, lorsque la chaloupe de Tintin et du capitaine se renverse et que les deux comparses tombent à la mer.
Autre épisode de « relâchement capillaire ». Dans la version noir et blanc de Tintin au Congo, cette fois-ci, lorsque Tintin plonge à la rescousse de Milou. Mais dans l’édition couleur, miracle : sous l’eau comme en sortie de bain, sa mèche ne bouge pas d’un poil… euh, d’un cheveu. "Chasser le naturel, il revient toujours au galop", dit l’adage. Eh bien, chez Tintin, il revient toujours impeccablement coiffé, comme si l’apostrophe stylisée qui couronnait son crâne disposait d’une mémoire de forme sans faille.
Rien d’anormal, au fond, car cette houpette est moins un détail réaliste qu’un emblème. Elle signale Tintin avant même qu’il ne parle ou qu’il n’agisse – et parfois même, aussi, avant que l’on ne distingue son visage. Et dans l’univers d’Hergé, où tout n’est qu’épure, elle est un signe absolu, résumant à la fois silhouette, mouvement et caractère. Une formidable économie de moyens qui constitue l’un des plus grands tours de force d’Hergé. Un coup de génie qui doit sûrement faire pâlir d’envie bien des dessinateurs... et des coiffeurs !
Textes et images © Hergé / Tintinimaginatio - 2026

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