La case qui parle : le trésor sous la mer
Au diable les requins ! Les trésors ne se trouvent pas seulement sur les plages marquées d'un "X" prophétique, mais aussi au fond des océans. Dans cette case du Trésor de Rackham le Rouge, le jeune reporter évolue au milieu des vestiges de La Licorne, le navire du chevalier de Hadoque.
À première vue, cette case raconte simplement une étape de la recherche du trésor de Rackham le Rouge. Pourtant, elle témoigne aussi de la remarquable documentation d'Hergé. Rien ou presque n'y est laissé au hasard : le scaphandre à casque représenté dans l'album reproduit fidèlement un modèle réel de type Rouquayrol-Denayrouze et Charles Petit (1889), alimenté en air depuis la surface par une pompe actionnée par les Dupondt.
On le prenait sans peur et sans reproche, le voici désormais en Indiana Jones avant l'heure, faisant déjà de l'archéologie sous-marine ! Certes, le reporter à la houpette ne se comporte pas comme un archéologue au sens moderne du terme. Son objectif est de retrouver un trésor, non d'étudier scientifiquement une épave. Mais Hergé met déjà en scène ce qui deviendra plusieurs années plus tard un véritable domaine de recherche : l'exploration des vestiges engloutis.
Lorsque l'album paraît en couleurs en 1945, cette discipline n'en est encore qu'à ses débuts. Les plongées autonomes sont balbutiantes et les grandes campagnes archéologiques sous-marines restent à inventer. L'image de Tintin évoluant parmi les restes d'un navire ancien appartient donc presque à la science-fiction pour le lecteur de l'époque. Et les tintinophiles savent qu'Hergé nous réserve, dans cet album, une invention mémorable du professeur Tournesol !
Cette fascination pour les profondeurs s'inscrit parfaitement dans l'univers de Tintin. Si les voitures et les avions occupent une place importante dans ses aventures, il nourrit également un intérêt croissant pour le monde maritime à partir de la fin des années 1930. Pour dessiner La Licorne, il rassemble une abondante documentation, étudie des plans de navires anciens et fait même réaliser une maquette extrêmement précise afin de représenter son bâtiment sous tous les angles avec le plus grand réalisme.
L'expédition imaginée par Hergé n'est pourtant pas exempte de libertés. Les spécialistes ont depuis relevé plusieurs anachronismes et impossibilités techniques. Les coordonnées laissées par le chevalier de Hadoque sont beaucoup trop précises pour le XVIIᵉ siècle, et l'épave, si elle existait réellement à l'endroit indiqué, reposerait à plus de 5 000 mètres de profondeur, bien au-delà des capacités d'exploration montrées dans l'album.
Qu'à cela ne tienne, ces approximations importent finalement assez peu dans cette enquête palpitante pour retrouver le trésor de Rackham le Rouge. Contrairement aux poursuites effrénées qui jalonnent tant d'aventures de Tintin, tout semble ici suspendu.
Cette scène illustre aussi l'une des grandes qualités d'Hergé : faire naître l'aventure autant par le décor magnifiquement restitué que par l'action. Avant même la découverte du trésor, le simple fait d'explorer une épave suffit à éveiller l'imagination du lecteur, et ce hier comme aujourd'hui. Le mystère réside moins dans le coffre que dans ce que ces vestiges racontent du passé.
Ainsi chez Hergé, la quête ne consiste pas seulement à trouver un trésor, mais aussi une manière d'explorer l'Histoire, de donner vie aux objets oubliés et d'inviter le lecteur à regarder les profondeurs avec les yeux de l'aventure.
Et cela mérite bien quelques pas de danse entre Tintin et Tournesol !
Textes et images © Hergé / Tintinimaginatio - 2026

Le Journal
Forums
Livres (e-books)