Les Dupondt font le tour du monde
Les vacances touchent à leur fin. Eh oui, les valises regagnent le grenier, les cartes postales trouvent une place sur le frigo et les plus organisés commencent déjà à trier leurs centaines de photos. L’heure est donc venue de ressortir les souvenirs de voyage… et certains valent le détour !
Et s’il fallait décerner le prix des voyageurs les plus gaffeurs de l’univers de Tintin, les Dupondt auraient de sérieux arguments à faire valoir. Car ces inséparables n’ont de cesse de se mêler de tout et de se mettre dans les situations les plus improbables.
Il faut dire que nos deux enquêteurs ont beaucoup voyagé. La Chine, la Syldavie, l’Écosse, le Khemed, la Bordurie... et même la Lune ! Peu de touristes pourraient en dire autant. Et partout ou presque, ils semblent appliquer une méthode qui n’appartient qu’à eux, pour tenter de s’y adapter et, si possible, passer inaperçus. En vain, bien entendu.
Alors avant de refermer définitivement les valises de cet été, embarquons avec eux pour un petit tour du monde. Sortez les passeports, vérifiez les billets et surtout... ne leur confiez pas l’itinéraire !
Deux voyageurs presque comme les autres
Dans la version originale en noir et blanc des Cigares du Pharaon, les futurs Dupond et Dupont sont encore désignés sous les matricules X33 et X33 bis. Les deux policiers y poursuivent Tintin à travers une aventure qui l’entraîne de l’Égypte jusqu’en Inde. Le voyage fait donc pratiquement partie de leur ADN dès leurs premiers pas dans la série.
Dans Le Crabe aux pinces d’or, les fins limiers goûtent également aux joies du voyage en mer. Montés à bord du Karaboudjan avant son départ, ils ne tardent pas à se faire remarquer et sont finalement reconduits vers la sortie sans beaucoup de ménagement. À peine le temps de profiter de leur visite qu’ils sont littéralement éjectés du navire ! Mais ne vous inquiétez pas, ils reviendront discrètement pour épauler notre héros, mais chut, botus et mouche cousue !
Chez les Dupondt, un pas devant et deux pieds en vol plané une case plus loin ! De mauvaises intuitions et une bonne dose de gaffes à répétition dans un territoire inconnu. Sinon, à quoi bon voyager ?
Quand Tintin s’en va au cœur d’une histoire rocambolesque autour du sceptre d’Ottokar, nos chapeaux melons sans bottes de cuir ne sont jamais très loin. La Syldavie constitue d’ailleurs une destination assez particulière dans leur carnet de voyage. Tout y paraît étranger et pourtant familier. Les routes, les hôtels, les voitures, les cafés... Hergé invente un pays entier mais l’ancre dans une Europe immédiatement reconnaissable. Nos deux moustachus peuvent donc y jouer les agents internationaux sans perdre complètement leurs repères.
Il suffit d’ailleurs d’un colis piégé pour que la machine s’emballe. Nos deux globe-trotteurs de l’impossible examinent la chose, s’interrogent, se rapprochent... et ça leur explose littéralement sous le nez. Le voyage n’a même pas encore commencé que le ton est donné !
Passer inaperçu, mode d’emploi
Mais s’il fallait choisir le grand souvenir de voyage des Dupondt, difficile de ne pas prendre la direction de la Chine. Comment vont-ils se dépêtrer de cette situation sans connaître un traître mot de chinois ? La question est presque rhétorique : ils vont se mettre littéralement dans de beaux draps !
Dans Le Lotus bleu, ils sont envoyés à Shanghai avec une mission : arrêter Tintin. Rien que cela. Les voici donc débarqués à l’autre bout du monde et confrontés à une difficulté majeure. Comment opérer discrètement dans un pays étranger ?
La réponse leur semble évidente, il suffit de s’habiller comme les habitants. Ou plutôt comme ils imaginent que les habitants s’habillent. Pour passer incognito, c’est carrément loupé. Une bonne partie de la rue se retourne sur leur passage en voyant ces deux énergumènes se balader avec l’assurance de touristes persuadés d’avoir parfaitement compris les usages locaux.
Vous vous doutez bien du résultat. Leur déguisement révèle surtout l’image caricaturale qu’ils se font du pays qu’ils visitent. Hergé pousse même la plaisanterie assez loin puisque les passants rient ou les observent avec stupéfaction. À trop vouloir passer inaperçus, ils réussissent l’exploit inverse ! Derrière leurs accoutrements, ils restent des policiers en service venus arrêter Tintin. Et lorsqu’ils finissent par mettre la main sur lui, la situation prend encore une tournure inattendue. Décidément, même à Shanghai, rien ne se déroule jamais comme prévu avec eux.
En Écosse, le voyage tourne court
Direction maintenant la Grande-Bretagne dans L’Île Noire. Tintin remonte la piste d’une bande de faux-monnayeurs jusqu’en Écosse et les Dupondt se retrouvent une nouvelle fois lancés sur ses traces. Ils poursuivent Tintin, l’interrogent, le perdent, repartent à sa recherche et accumulent les contretemps avec une régularité presque admirable.
Les Dupondt sont pourtant persuadés de tenir leur homme et d’avoir compris l’affaire. Une certitude qui, chez eux, devrait toujours inciter le lecteur à se méfier…
La poursuite continue ensuite à travers la campagne britannique, avec ce mélange assez irrésistible de détermination et de maladresse qui les caractérise. Tintin leur échappe ! Rien ne semble pouvoir arrêter nos deux highlanders improvisés, sinon peut-être leurs propres initiatives.
Avec eux, le transport aérien ressemble parfois moins à un moyen de rejoindre une destination qu’à une expérience scientifique destinée à déterminer combien de catastrophes peuvent survenir avant l’atterrissage.
Le désert, les moustaches et une Jeep
Cela n’est pourtant qu’une petite partie de la vie de nos deux aventuriers du dimanche. Cette fois-ci, on change radicalement de décor avec les innombrables dunes accompagnées de tenaces mirages. Car s’il existe une destination où les Dupondt mériteraient une médaille pour l’ensemble de leur œuvre, c’est probablement le Moyen-Orient de Tintin au pays de l’or noir.
Cette fois, ils ne sont pas là pour prendre des vacances. Après avoir enquêté sur les mystérieuses explosions de moteurs, les voilà envoyés en mission et embarqués sur le Speedol Star à destination du Khemed.
À peine arrivés, évidemment, les ennuis commencent. ils se retrouvent bientôt au volant d’une Jeep dans le désert. Un véhicule, deux Dupondt, des kilomètres de sable et pratiquement aucun obstacle à l’horizon. Qu’est-ce qui pourrait mal tourner ? Nul besoin d’une boule de cristal pour savoir qu’à peu près tout.
Le désert possède pourtant un avantage décisif : il est difficile d’y rater une intersection puisqu’il n’y en a pratiquement pas. Les Dupondt trouvent malgré tout le moyen de compliquer les choses. Ils tournent en rond et continuent leur route avec cette confiance admirable de ceux qui ne savent absolument pas où ils vont. Vont-ils réussir à nous sortir la quadrature du cercle ?
Et puisque tout voyage réserve son lot de petits problèmes de santé, leur séjour leur offre une autre surprise. Une tourista ? Bien trop banal pour nos deux cancres. Vers la fin de l’aventure, des comprimés contenant le fameux N.14, avalés en pensant prendre de l’aspirine, provoquent chez eux une spectaculaire poussée de cheveux et de barbe, avec changement de couleur à la clé.
Voilà un souvenir capillaire qu’ils auraient probablement préféré laisser sur place. Et le plus beau, ou le pire selon le point de vue, c’est que l’affaire n’est pas terminée. Cette pilosité capricieuse va refaire parler d’elle dans une destination autrement plus lointaine…
Un petit détour par la Lune
Après l’Europe, l’Asie et le Moyen-Orient, Hergé pouvait difficilement envoyer ses deux policiers beaucoup plus loin. Il restait pourtant une destination improbable : la Lune.
Dans Objectif Lune, les Dupondt rejoignent Tintin, Haddock et Tournesol au centre de recherches atomiques de Sbrodj, en Syldavie. Le centre est pourtant l’un des endroits les plus secrets et les mieux surveillés du pays. Peu importe : les Dupondt y circulent désormais au milieu des ingénieurs, techniciens et militaires chargés de préparer l’expédition lunaire.
Et Hergé ne tarde pas à leur offrir un terrain de jeu à la hauteur de leur talent. Lors du contrôle radiographique, les deux policiers découvrent deux squelettes sur l’écran... les leurs ! Il n’en faut évidemment pas davantage pour provoquer une nouvelle panique.
La vérité finit évidemment par apparaître, mais pas avant quelques frayeurs et un passage chez le docteur Rotule. Même dans un centre scientifique ultrasecret préparant la première expédition humaine vers la Lune, les Dupondt trouvent donc le moyen de prendre peur devant leur propre anatomie. On ne se refait pas.
Et pourtant, l’aventure va les conduire beaucoup plus loin qu’ils ne l’avaient sans doute imaginé. Venus surveiller la fusée avant son départ, ils se trompent sur l’heure du décollage et se retrouvent finalement embarqués à bord. Un voyage vers la Lune par erreur... même pour les Dupondt, il fallait le faire ! Le voyage qui devait être celui de Tintin, Haddock, Tournesol et Wolff compte donc deux passagers supplémentaires dont personne n’avait vraiment besoin. Et dans cet album, le fameux phénomène capillaire apparu dans Tintin au pays de l’or noir décide justement de se rappeler à leur bon souvenir.
Cheveux et moustaches recommencent à pousser à une vitesse prodigieuse. Les deux phénomènes de foire disparaissent presque sous une masse de poils qui envahit littéralement la cabine et oblige leurs compagnons à intervenir. Il faut couper, encore et encore... avec l’espoir que cette fois soit la bonne !
Agents double zéro
Le tourisme a ses limites, eux manifestement beaucoup moins. Et après avoir suivi les Dupondt jusqu’à la Lune, difficile cette fois de trouver destination plus lointaine !
Au moment de refermer cet album de voyage farfelu, difficile de savoir quelle nouvelle pérégrination les Dupondt recommanderaient. La Chine ? Ils y ont surtout réussi à attirer tous les regards. La Grande-Bretagne ? Le séjour fut mouvementé et le transport aérien quelque peu brutal. Le Moyen-Orient ? Entre la Jeep, le désert et leurs problèmes capillaires, pas certain qu’ils aient laissé un avis cinq étoiles. Quant à la Lune… disons simplement que le voyage dépassait légèrement le cadre d’un séjour organisé !
Mais après tout, ce sont peut-être eux qui ont compris quelque chose aux vacances. Les meilleurs souvenirs ne sont pas toujours ceux que l’on avait programmés. Les jours de détentes sont donc bien terminés... jusqu’au prochain départ !
Textes et images © Hergé / Tintinimaginatio - 2026

Le Journal
Forums
Livres (e-books)