Gare à la trappe !
À la dérobée, sous une lumière tamisée et suspecte, notre reporter s’engouffre tête baissée dans un passage secret. De ceux dont on ne peut ressortir qu’avec une bosse ou une grosse frayeur à la clé. Vous avez deviné, dans cet article nous allons marcher en tapinois pour ne pas tomber dans le filet d’un sbire malintentionné !
Car à travers les albums de Tintin, mieux vaut se méfier des trappes, galeries souterraines et entrées soigneusement dissimulées. Derrière elles se cachent volontiers un repaire de gangsters, une société secrète ou quelques individus encapuchonnés qui préféreraient manifestement ne pas être dérangés. Grottes, cryptes et souterrains sont d’ailleurs un véritable motif récurrent chez Hergé, près de la moitié des albums selon le chercheur Ludwig Schuurman.
Alors, regardez où vous mettez les pieds et ne vous appuyez sur rien. On ne sait jamais…
Et Tintin apprend très tôt la leçon ! Dans Tintin en Amérique, à peine arrivé à Chicago, le voilà déjà précipité dans une trappe. Quelques solides coups de bâton l’attendent en bas avant que deux hommes ne l’emportent. Il faut dire que les gangsters de la ville avaient préparé un comité d’accueil tout spécialement pour lui.
Les trappes semblent même faire partie du mobilier local. Une coquetterie de méchant patibulaire ? Plus tard, Tintin voit un adversaire disparaître sous ses yeux par une ouverture dissimulée dans son bureau. Et ce n’est pas fini ! Une autre doit permettre aux gangsters de l’expédier au fond du lac Michigan, lesté d’haltères. Douze mètres de profondeur et, en principe, aucune remontée possible. Sauf que les haltères choisis sont en bois ! Au lieu de couler, Tintin remonte donc tranquillement à la surface.
Avec Les Cigares du Pharaon, changement de décor, mais certainement pas de méthode. Dans le tombeau de Kih-Oskh, Tintin découvre une ouverture marquée du fameux emblème du cigare. Il s’y engage et celle-ci se referme derrière lui. Voilà qui n’augure généralement rien de bon !
Beaucoup plus tard, au palais du maharadjah de Rawhajpoutalah, c’est cette fois un arbre du jardin qui dissimule le passage vers le repaire de la société secrète. Tintin y découvre finalement les mystérieux encapuchonnés qu’il traque. Comme quoi, avant de s’adosser tranquillement à un arbre dans Les Aventures de Tintin, mieux vaut vérifier qu’il ne possède pas un mécanisme d’ouverture.
Et une trappe peut heureusement fonctionner dans les deux sens ! Dans Le Lotus bleu, alors qu’il est emprisonné, Tintin voit soudain s’ouvrir une issue sous ses pieds. Cette fois, pas de gangster armé d’un gourdin au bout du chemin : monsieur Wang vient tout simplement de le tirer d’affaire. Ouf, sauvé !
Dans L’Île Noire, la cachette est plus naturelle. Traqué jusque sur l’île et confronté au redoutable Ranko, Tintin se réfugie parmi les rochers. La marée monte et la situation paraît sans issue… jusqu’à ce qu’un passage lui permette de s’enfoncer plus profondément dans les entrailles de l’île. Et devinez où conduit ce corridor ? Tout droit vers le repaire et l’imprimerie clandestine des faux-monnayeurs. La nature est bien faite !
Il faut cependant attendre Le Crabe aux pinces d’or pour découvrir une entrée secrète qui aurait probablement plu à un certain philosophe grec. Dans une cave de Bagghar, Tintin examine d’immenses tonneaux et pense aussitôt à Diogène, qui, selon la tradition, aurait vécu dans un tonneau. Mais celui qui l’intéresse cache surtout un passage vers le repaire des trafiquants. Une fois encore, les meubles et les objets les plus anodins sont à surveiller !
Même Moulinsart possède ses petits secrets. Prisonnier des frères Loiseau dans Le Secret de La Licorne, Tintin finit par ouvrir, dans les caves, une ouverture. Le passage lui réserve une découverte particulièrement intéressante : les antiquaires ont caché là leur butin. Une caverne d’Ali Baba décidément bien moderne !
Et les années passent sans que Tintin perde cette curieuse habitude de s’engouffrer dans le premier passage suspect venu. Dans Tintin au pays de l’or noir, le docteur Müller dispose ainsi d’un accès secret qui s’ouvre dans sa cheminée. Tintin n’hésite évidemment pas longtemps avant de l’emprunter à son tour dans sa recherche d’Abdallah. L’enlèvement du jeune prince est bien au cœur du stratagème de Müller.
Plus spectaculaire encore, Le Temple du Soleil conduit Tintin, Haddock et Zorrino par un passage secret jusqu’au domaine des Incas. Cette fois, plus question de gangsters de Chicago ou de trafiquants cachés derrière un tonneau. Le souterrain ouvre la voie vers un monde totalement coupé de l’extérieur. Plus besoin de longues années d’étude à analyser des textes poussiéreux, un doctorat es explorateur est suffisant avec Tintin.
Mais Hergé n’avait pas encore dit son dernier mot. Dans Vol 714 pour Sydney, le motif prend des proportions franchement monumentales. Guidés jusqu’à un mystérieux temple souterrain, Tintin et ses compagnons découvrent une gigantesque tête de pierre. Un mécanisme permet de la faire basculer pour révéler un nouveau passage. Pour dessiner son mouvement, les Studios Hergé réalisèrent même une maquette mobile en plâtre !
Après toutes ces aventures, une règle s’impose donc pour qui voudrait suivre Tintin : méfiez-vous des trappes, des arbres creux, des tonneaux, des cheminées et des statues géantes. Et si vous apercevez un passage secret… laissez peut-être Tintin passer devant !
Textes et images © Hergé / Tintinimaginatio - 2026

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