Le Titanic, un gimmick ?
Paquebot de légende et symbole du plus grand drame maritime du XXᵉ siècle, le Titanic est plusieurs fois cité dans Les Aventures de Tintin. Alors pourquoi – et comment – Hergé s’est-il emparé du mythe, c’est ce que tintin.com vous propose de découvrir…
Le Titanic compte parmi les navires les plus célèbres de l’histoire.
Présenté comme « insubmersible », ce paquebot de luxe a quitté Southampton le 10 avril 1912, pour son voyage inaugural à destination de New York. Quatre jours plus tard, dans la nuit du 14 au 15 avril, il heurta un iceberg dans l’Atlantique Nord et coula en quelques heures, entraînant la mort de plus de 1500 passagers.
A l’époque, la tragédie fit couler… beaucoup d’encre mais, avec le temps, elle s’est muée en une véritable légende. Si bien que son récit fascine toujours les esprits. Aujourd’hui encore, scientifiques, chercheurs, artistes et passionnés du monde entier entretiennent, à leur manière, le mythe.
Et Hergé dans tout ça ? Eh bien lui aussi a apporté sa pierre à l’édifice en glissant trois allusions bien senties dans les aventures de son jeune héros. Une façon originale et humoristique de rendre hommage à ce géant des mers à jamais englouti.
Passons à présent à l’analyse de ces fameuses occurrences…
« C’est sans doute la figure de proue du Titanic ! »
Dans Le Trésor de Rackham le Rouge, après plusieurs jours en mer, l’enthousiasme du capitaine Haddock s’est visiblement érodé. Il faut dire aussi que les recherches menées jusque-là n’ont pas apportés tous les résultats escomptés.
Et, pour couronner le tout, l’ab… surdité tenace de son ami Tryphon complique les choses. Du coup, excédé par son dialogue de sourd, Haddock ne peut s’empêcher d’entrée dans son jeu et d’ironiser à propos de la figure de proue de La Licorne, précédemment retrouvée.
La scène est d’autant plus cocasse que l’imposante sculpture, solidement arrimée sur le pont du Sirius, n’a évidemment aucun lien avec le Titanic. Et ce, d’autant plus que le paquebot ne disposait d’aucune effigie ou décoration extérieure de ce type. Son évocation n’est donc, ici, qu’un prétexte visant à accentuer, un peu plus, le ridicule de la situation.
« Et maintenant, il s’agit de ne pas se faire remarquer »
En parlant de ridicule, voici venir de deux de ses plus fameux artisans – et partisans, aussi : les célèbres Dupont et Dupond, bien sûr.
Dans Tintin au pays de l’or noir, ils embarquent sur le Speedol Star en uniforme de marin (cf. article Une icône estivale), afin de se fondre rapidement dans le décor. Enfin ça, c’est ce qu’ils croient…
Car le code vestimentaire en vigueur, à bord, relève en fait plus de la marine marchande (salopettes et pulls à col roulé) que de la tenue traditionnelle de matelot. Et c’est même, pour eux, le pompon de la pomponnette – autrement dit, le comble du comble – puisqu’Hergé les affuble de bachis, floqués du nom « Titanic ». Un clin d’œil visuel, discret, mais d’une efficacité redoutable.
Preuve que si le diable se niche dans les détails… le comique d’Hergé s’y cache aussi !
« Iceberg droit devant ! »
Dans Tintin et les Picaros, enfin, Hergé évoque le mythe de la manière la plus improbable qui soit. C’est-à-dire : en extrayant et en détournant complètement la phrase d’alerte – annonciatrice du drame – de son contexte originel.
L’effet produit fonctionne à merveille puisque Tintin et le général Alcazar sont stupéfaits de l’entendre résonner au beau milieu de la jungle équatoriale.
Évidemment, dans un tel décor, l’expression se trouve vidée de son sens et de sa gravité. Ainsi, elle ne souligne plus que de manière burlesque, l’égarement momentané du capitaine – victime d’un coup bas simiesque, reçu en pleine tête.
Et c’est précisément l’incongruité de ce décalage qui constitue tout le sel comique de cette troisième et ultime allusion « titanesque ».
En guise de conclusion
Et pour finir cet article en beauté, quoi de mieux que cette séquence extraite de L’Étoile mystérieuse, où l’on voit Tintin et Milou se tenir fièrement au bastingage de la proue de l’Aurore ?
Bien qu’elle n’ait aucun lien direct avec le célèbre paquebot, elle préfigure tout de même – et ce, bien avant l’heure –, la cultissime scène du Titanic de James Cameron (1997), au cours de laquelle, Jack et Rose – les deux protagonistes – savourent l’illusion de voler ensemble au-dessus des flots.
Chez Hergé toutefois, la magie romantique tourne vite au comique : à peine Tintin invite-t-il Milou à respirer « l’air pur » qu’une vague les submerge, balayant l’élan lyrique du moment au profit d’un gag mémorable.
Une autre douche salée qui restera, à coup sûr, dans les annales de l’histoire maritime !
Textes et images © Hergé / Tintinimaginatio - 2025

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