Tintin passe à table
Revoilà l’hiver et les célébrations de fin d’année. Le moment est donc venu de mettre les petits plats dans les grands pour préparer les repas de fête. Si vous manquez d’idées pour ce faire, pas de panique, Hergé et son gastronome en culotte courte… euh de golf, ont de quoi vous inspirer grâce à une sélection de séquences culinaires de leur cru.
La table est dressée… Un délicieux fumet flotte dans les airs… Il ne reste plus qu’à attendre les invités pour savourer de délicieux mets et partager aussi un chaleureux moment de convivialité. Car c’est un fait, dans la plupart de ses albums, le jeune reporter a pris l’habitude de se mettre à table !
La faim justifie les moyens
La chose a de quoi surprendre tout de même car, force est de constater, que comme tout être dessiné, ce dernier est dépourvu d’organisme. De fait, il ne dépend d’aucun besoin alimentaire pour vivre. Son existence ne tient qu’à un seul fil : le coup de crayon de son créateur.
Manger n’est donc clairement pas pour lui une nécessité. Pourtant, cette activité n’en est pas moins importante. Car si sa faim n’est pas réelle, elle est, en revanche, bien fictionnelle. Ses repas sont, en effet, autant de moments de narration singuliers. Des temps bien plus forts qu’ils n’y paraissent puisqu’il s’y passe toujours des choses de grand intérêt.
Au menu de ces « faims fictionnelles », des recettes de natures diverses et variées, histoire de satisfaire l’appétit de tous les gourmets mais surtout, d’alimenter le récit en rebondissements.
Au rythme de l’horloge biologique : la faim « marqueur de temps »
Chez Hergé, les repas constituent un repère temporel simple et efficace puisqu’en fonction du type consommé, ils indiquent implicitement aux lecteurs le moment précis de la journée pendant lequel se déroule la séquence.
Suivant – en quelque sorte – les règles de la chrono nutrition, il attribue aussi à chacun un apport narratif logique et équilibré. Aussi, au petit-déjeuner, il sert à ses héros – et de préférence, sur un plateau d’argent – de nouvelles découvertes afin de leur permettre de bien démarrer leur enquête et leur journée ; avant de leur proposer un « plat de résistance » plutôt copieux et corsé pour le déjeuner. Et pour finir, un dîner aux allures de bouquet… euh banquet final afin de fêter victoires et avancées.
Alimentation fragmentée : la faim « changement de rythme »
Pendant l’effort, le réconfort ! Tel pourrait être la devise de Tintin qui, en plein coup de feu, n’hésite pas à faire une pause… déjeuner. Il est vrai que, si l’opportunité se présente, il s’arrête volontiers pour se restaurer. Ce qui est le cas, par exemple, dans ses aventures américaines. Ce repas pris sur le pouce crée alors un efficace et humoristique effet de surprise.
Dans Le Sceptre d’Ottokar, Hergé utilise à nouveau ce mode « stop and go » pour dynamiser le récit. Mais cette fois-ci, l’intrépide reporter n’est pas obligé de s’arrêter puisque la pitance lui saute littéralement dans les bras, comme tombée du ciel. Après un court moment d’étonnement, le voilà reparti de plus belle tout en dégustant cette nourriture providentielle.
Comme un cheveu dans la soupe : la faim « péripéties »
Malheureusement pour Tintin, les repas ne sont jamais gratuits. Il en paye même souvent le prix fort. Et si leur addition est salée, c’est parce que des malintentionnés s’invitent souvent à sa table sans crier gare. Dans ce cas, le repas vire aussitôt au traquenard. Vif d’esprit et toujours sur le qui-vive, le petit reporter sent vite l’entourloupe venir et ne tarde pas à se défaire de ces mauvais payeurs, quitte à sacrifier une bonne soupe aux choux à la mode soviet.
Il paraît que, comme la vengeance, la revanche est également un plat qui se mange froid. Aussi, dans l’Affaire Tournesol, c’est à son tour de tromper l’ennemi. Et pour ce faire, rien de tel qu’un bon champagne pour l’étourdir et lui délier la langue. Après tout, il n’est-il pas coutume de dire… in vino veritas ?
Des repas et des « fêtes »
Pour ce qui est de la gastronomie, Tintin est à la noce et ce, tout au long de ses aventures. Selon les circonstances et/ou l’endroit du globe où il se trouve, le jeune homme a effectivement la chance de pouvoir expérimenter toutes sortes de préparations et de façons de les consommer. L’occasion pour ses lecteurs de voyager dans son assiette et de découvrir ainsi l’extraordinaire diversité qu’offrent les cuisines du monde.
Us et coutumes culinaires
Tintin l’a bien compris : à Rome, mieux vaut faire comme les Romains. Rien de tel, en effet, pour s’initier aux traditions des peuples qu’il rencontre et donc, de s’immerger pleinement dans leur culture. De fait, en Chine, il partage volontiers sa table avec un inconnu, comme il est coutume de le faire dans les restaurants populaires.
Et s’il ne va pas aux pratiques culinaires étrangères, ce sont elles qui viennent à lui… ou plutôt s’invitent chez ses amis comme c’est le cas dans Coke en Stock, lorsque les hommes de l’émir Mohammed Ben Kalish Ezab investissent le salon du capitaine Haddock pour installer – comme ils le font d’ordinaire dans le désert – une tente berbère. Un joli petit coin d’Arabie sous les dorures de Moulinsart. Dépaysement et bonne chère rôtie garantis !
Saveurs de là-bas et d'ailleurs
Dans son tour du monde géo-gustatif, Tintin se fait toujours un point d’honneur à goûter les spécialités locales et ce, même dans les lieux les plus reculés ou insolites. C’est donc au sommet des montagnes, lors de son périple au pays du Yéti, qu’il s’essaye, pour la première fois, à la cuisine tibétaine. En l’occurrence, à la Tsampa. Une préparation facile à conserver et donc à transporter qui se prête bien aux pique-niques improvisés en hautes altitudes.
Qu’on se le dise, le jeune homme est un fin gourmet dont les papilles sont constamment éveillées. Ce dernier est d'ailleurs toujours prêt à tester de nouvelles saveurs même si celles-ci sont parfois trop relevées. Palais sensibles s’abstenir… « Ca ne vous plaira peut-être pas, mais faites semblant d’apprécier : il faut éviter de les vexer » lui précise gentiment Ridgewell avant qu’il ne déguste le stoumpô assaisonné à la sauce Picaros. Caramba ! Malgré la mise en garde, il ne peut s’empêcher de piquer un fard et de cracher du feu. Un bon conseil donc, n’abusez pas des bonnes choses surtout lorsqu’il s’agit des épices. Sans quoi, vous risquez – à coup sûr – la faute de goût !
Convivialité et hospitalité
Enfin, que serait une table sans convives, si ce n’est « un dessert sans fromage » pour reprendre une célèbre citation de Jean Anthelme Brillat-Savarin. Sans eux, la cène… euh la scène ne saurait être parfaite. Car, au-delà de sa fonction alimentaire, manger est une activité sociale à part entière. D’ailleurs, on ne le fait que rarement seul. Sauf par choix ou par nécessité. Alors même si « plus il y a de fous, moins il y a de riz » – Coluche dixit –, mieux vaut être en collectivité pour se sustenter. Ainsi, dans L’Etoile mystérieuse, la choucroute « presque garnie » met tout le monde d’accord en réunissant l’ensemble des membres de l’expédition scientifique, en route pour les mers arctiques.
Qui dit convivialité, dit généralement hospitalité car, bien souvent, les deux concepts vont de pair. Rien d’étonnant donc à ce que dans l’Ile Noire, Tintin soit chaleureusement recueilli – et accueilli, aussi – par le tenancier d’une auberge. Ce dernier lui offre habits, gîte et couverts. De quoi lui permettre de reprendre pied après un vol plané chaotique et accidenté. Côté hospitalité, les Picaros ne sont pas non plus en reste puisque c’est dans la hutte du chef Kaloma qu’il est reçu, en invité d’honneur, en compagnie de ses fidèles acolytes. Chaque repas partagé avec l’autochtone est donc pour lui une occasion en or de tisser des liens socio-culturels forts. Forts parce que respectueux, fraternels et sincères.
Ah et sinon, un dernier conseil pour que le dîner soit presque parfait… surtout si vous êtes invité : avant de quitter la table, n’oubliez pas la de débarrasser !
Textes et images © Hergé / Tintinimaginatio - 2024

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