La Case qui parle : le secret du gardien de pierre
Que voyez-vous ? Une immense tête en pierre ou un cosmonaute avec un casque et équipé de ses écouteurs ? Eh bien, la réponse est peut-être bien au-delà...
Inutile de vous faire attendre, vous avez probablement reconnu Vol 714 pour Sydney, où l’irruption du fantastique ne se fait pas progressivement. Il surgit presque d’un bloc, au moment où Tintin et ses compagnons, prisonniers sur l’île de Pulau-Pulau Bompa, découvrent l’entrée d’un souterrain.
La scène pourrait rester dans le registre de l’aventure classique, fuite, exploration, cachette improvisée. Sans oublier, bien sûr, un méchant bien connu de nos lecteurs. Mais revenons à nos moutons avec cette tête monumentale qui barre l’accès de nos aventuriers. Sculpture massive, visage figé, elle ne sert pas seulement de décor. Elle pivote, révèle un passage, et fait basculer le récit… ailleurs.
À partir de cette planche, l’album quitte le terrain du simple affrontement avec Rastapopoulos pour ouvrir sur un autre type de mystère, beaucoup plus déroutant.
Cette sculpture n’est pourtant pas une invention totale. Elle puise dans une réalité bien précise, celle des têtes colossales des Olmèques, découvertes au Mexique, dont les visages massifs et casqués ont longtemps intrigué chercheurs et amateurs de mystères. Hergé ne s’en cache pas, il s’en inspire directement, notamment à travers les ouvrages qu’il lisait à l’époque.
Mais il ne s’arrête pas là. Les traits du visage doivent aussi quelque chose aux statues polynésiennes, les fameux tiki, figures sacrées aux expressions figées. Un amalgame qui fait donc des étincelles ! Le résultat est ainsi un mélange curieux, presque impossible, une tête qui semble venir de partout à la fois, au confluent de plusieurs cultures, là où après tout, Tintin s’est souvent distingué.
Et c’est précisément ce qui la rend fascinante !
Car dans les années 1960, une théorie connaît un succès retentissant, celle des anciens astronautes. Selon cette idée, des civilisations extraterrestres auraient visité la Terre dans un passé lointain, laissant derrière elles des traces que les humains auraient interprétées comme des œuvres divines.
Hergé, lecteur attentif de ces thèses, s’empare de cette hypothèse avec un sérieux étonnant et bien des calembredaines pour enrober la soucoupe. Dans Vol 714 pour Sydney, le temple et ses sculptures deviennent ainsi la preuve, ou du moins la suggestion, d’un contact ancien entre humains et visiteurs venus d’ailleurs. et cela tombe bien : un homme, Mik Ezdanitoff, est déjà là pour faire le lien entre eux et nos héros.
La tête géante ne garde donc pas seulement une porte. Elle symbolise toute une époque assidue de thèses à la mode.
Mais comme souvent chez Hergé, le mystère est à double fond. Car cette révélation spectaculaire, faite de soucoupe volante, de télépathie et de civilisation inconnue, se termine par un oubli général. Les héros ne se souviennent de rien. Seul Milou conserve la mémoire, sans pouvoir la partager. Avouez que ce serait trop facile.
Autrement dit, tout cela a eu lieu, et en même temps, n’a jamais existé. La tête de pierre, elle, reste en place. Silencieuse, refermée, comme si rien ne s’était passé.
Et l’on quitte l’île en se demandant si Tintin a vraiment vécu cette aventure, ou si, comme souvent avec les mystères trop grands, il vaut mieux qu’elle reste enfermée derrière une vieille porte de pierre, gardée par un Olmèque avec un casque de cosmonaute !
Pour en savoir plus sur cet album, vous pouvez aussi lire ce zoom « Quand mars attaque ! »
Textes et images © Hergé / Tintinimaginatio - 2026

Le Journal
Forums
Livres (e-books)