Le personnage de Wolff est, de tous ceux créés par Hergé, DE LOIN, le plus pathétique ... Car un Destin implacable s'attache à lui !!! "Heureux" - il le dira lui-même dans le long récit de son drame personnel (OML, p. 45 et 46) -, "épanoui", "ouvert" (dixit Tintin, OML, 39-II-2), en accueillant Tintin et le capitaine Haddock à leur arrivée dans l'usine atomique de Sbrodj au début d' "Objectif Lune" , les "pilotant" dans leur visite (interrompue… voir la suite
Le personnage de Wolff est, de tous ceux créés par Hergé, DE LOIN, le plus pathétique ... Car un Destin implacable s'attache à lui !!! "Heureux" - il le dira lui-même dans le long récit de son drame personnel (OML, p. 45 et 46) -, "épanoui", "ouvert" (dixit Tintin, OML, 39-II-2), en accueillant Tintin et le capitaine Haddock à leur arrivée dans l'usine atomique de Sbrodj au début d' "Objectif Lune" , les "pilotant" dans leur visite (interrompue par le gag de la pseudo disparition des plans de la fusée d'essai - OL, 15-I-1 à 3 -), le graphisme d'Hergé le présente progressivement et de plus en plus, tendu, inquiet, angoissé ... PLUS JAMAIS on ne le reverra sourire (voir, par exemple, le visage déchirant qu'il offre à Baxter - OL, 57-II-3 -) !!! Son auto interpellation, dans l'attente du départ de la fusée ("Qu'ai-je fait, mon Dieu, qu'ai-je fait ... ? Comment ai-je pu me laisser entraîner dans une telle aventure ... ?" - OL, 59-III-1 -), si elle paraît s'inscrire dans une commune attente angoissante (et angoissée) du départ, prendra tout son sens plus tard ... Elle participe aux "signaux" subtilement parsemés tout au long de l'album dont, précisément, la disparition de ce sourire ... à partir de l'intrusion des espions dans la zone interdite ... Un de ces signaux (absolument anodin en apparence), figure au début d'OML, en 2-IV-3, à l'heure où les Dupondt surgissent de l'étage inférieur de la fusée, sous la forme de ce signe graphique d'exclamation, ... le SEUL de la case, qui LE concerne SEUL et qui exprime ... on ne sait quoi dans l'instant ...
La tragédie de Wolff se continue et s'aggrave quand Jorgen réussit à s'emparer de la fusée ...
Il va même jusqu'à céder à la volonté de ce dernier d'abandonner l'équipe sur la Lune ... Ici, il faut bien admettre que, par delà sa faiblesse (le démon du jeu à l'origine de son drame), il se révèle sur le moment on ne peut plus LÂCHE !!! Il avouera sa faute (piteusement, estimera-t-on) avec des accents ... chrétiens ("Je suis un Misérable ... Je suis un Misérable" - OML, 44-IV-2 -) !!! Dans cette perspective "chrétienne", Hergé lui réserve un rachat d'espèce RÉDEMPTEUR quand, d'une part, il empêche Jorgen de procéder à un triple meurtre (et le tue involontairement dans la bagarre qui s'ensuit), et d'autre part, décide de faire le sacrifice de sa vie (donc, de se "racheter" à ses yeux et aux yeux de ceux qu'il a trahi) pour sauver ces derniers ...
"Rachat RÉDEMPTEUR" ... un SUICIDE ... ? En dépit de sa condamnation par la religion (pour qui le suicide est impardonnable et voue celui qui y recourt à la damnation puisqu'il témoigne de sa part d'un refus de l'Espérance donc, d'un péché contre l'Esprit), un tel geste, s'inscrivant dans le tragique fondamental d'un destin, peut parfois se justifier en tant que justifiant une vie, dépassant les limites "humaines trop humaines" de la matière et rejoignant l'Esprit ... Car c'est non seulement pour se racheter que Wolff se suicide ("Pardonnez-moi le mal que je vous ai fait" - OML, 55-I-3 -) mais aussi par une forme ... d'AMOUR que dévoile l'Espoir ("Moi parti, j'espère que vous aurez assez d'oxygène pour arriver vivants jusqu'à la terre) ... C'est que ... "Il n'y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis" - Jean 15 - 13 ... !!!
De ce sacrifice en forme de rachat et d'amour (deux vertus chrétiennes parmi les plus éminentes), Hergé, sous la pression de l’Église catholique, se sera laissé convaincre d'autoriser que subsiste un "espoir" ... IMPOSSIBLE !!! Tellement impossible même qu'il regrettera cette concession ... Il le dira à Numa Sadoul : "Il fallait sortir de cette impasse et j'ai fini par céder, et par écrire cette sottise : "Peut-être un miracle me permettra-t-il d'en réchapper. (…)" Il… voir la suite
De ce sacrifice en forme de rachat et d'amour (deux vertus chrétiennes parmi les plus éminentes), Hergé, sous la pression de l’Église catholique, se sera laissé convaincre d'autoriser que subsiste un "espoir" ... IMPOSSIBLE !!! Tellement impossible même qu'il regrettera cette concession ... Il le dira à Numa Sadoul : "Il fallait sortir de cette impasse et j'ai fini par céder, et par écrire cette sottise : "Peut-être un miracle me permettra-t-il d'en réchapper. (…)" Il N'Y A PAS de miracle possible : Wolff est condamné sans appel, et il le sait mieux que quiconque." Ce, d'autant plus qu'ingénieur en physique et en astronautique, il est pleinement à même de mesurer le danger mortel que recèle une "sortie" dans l'Espace !!! A travers ce suicide, ne faut-il pas cependant reconnaître un aveu implicite et une sublimation par l'Art des angoisses qu' Hergé éprouvait lui-même au cours de ces années de grande fragilité psychologique ... ?
Que dire, au terme de ce développement, sinon prier le "lecteur" d'éprouver infiniment de PITIÉ (une vertu également chrétienne et cependant si méprisée !) pour Wolff, à la fois condamné ... et "sauvé" par son Destin ("Pas possible, il n'a pas donné l'alarme ... ! C'est le destin qui veut que je réussisse" - OML, 53-IV-3 -) ... !!! Car TOUS, nous avons nos propres faiblesses, nos propres manques, nos propres insuffisances ... nos propres LÂCHETÉS !!! Et nul ne peut-être certain qu'il serait capable d'accomplir le geste RÉDEMPTEUR de Wolff ...