Foot toujours
Tous ses lecteurs vous le diront : Tintin n’a jamais joué au football dans ses aventures. Pourtant, il semblerait que lui et ses complices soient – depuis toujours – des passionnés de cette discipline. Mais des passionnés qui s’ignorent. Il est, en effet, des signes – et des gestes, surtout – qui ne trompent pas.
Tintin.com en a donc sélectionné quelques-uns pour vous montrer que ces derniers se sont adonnés librement – et régulièrement, aussi – à leur sport « favori » et ce, tout au long de la saga et même plusieurs fois par album.
Bien sûr, la lecture originale des cases que nous vous proposons ici nécessite de faire abstraction du contexte dont elles sont extraites pour ne retenir que l’essentiel : le clin d’œil footballistique qui se cache à l’intérieur.
Alors, prêt(e)s pour le coup d’envoi ?
Parades de gardien ou l’art de garder la ligne
En première mi-temps… ou plutôt, dans un premier temps, enfilons les gants du gardien de but pour découvrir ses principales missions.
La prise de balle
C’est LE geste fondamental par excellence. Il s’agit, pour le gardien, de se saisir du ballon et de le maîtriser, en une seule fois, avec les mains, pour stopper net toute action offensive adverse.
C’est précisément ce que fait Tintin dans L’Île Noire.
Suite à une intervention défensive de Milou, le jeune héros a la possibilité de faire basculer la situation à son avantage. Il lui suffit, pour cela, d’attraper au vol le revolver perdu par l’un de ses deux assaillants.
Les yeux rivés sur l’arme, Tintin se positionne pile dans son axe pour la réceptionner au niveau de la tête. La posture qu’il adopte, ensuite, témoigne de ses talents innés de gardien de but.
Aussi, à l’instar d’un portier aguerri, il fléchit naturellement les bras et les lève de manière synchrone pour ralentir l’objet dans sa course. Il écarte ensuite les doigts de manière à ce que ses mains forment un W, afin que son toucher de balle… euh, d’arme, soit ferme et précis.
Son jeu de jambes est tout aussi remarquable puisqu’il est campé sur de solides appuis qui sont à la fois stables et dynamiques. De quoi enchaîner très vite sur une autre action qui lui permettra de se sortir définitivement de cette mauvaise passe.
Le plongeon
Intervention spectaculaire s’il en est, ce déplacement est effectué par le gardien lorsque celui-ci accuse un léger retard sur le ballon ou quand il est en décalage par rapport à sa trajectoire. Ce dernier bondit alors dans sa direction, bras en avant, pour tenter – coûte que coûte – de couper sa course.
Dans L’Oreille cassée, Tintin réalise un arrêt de ce type lors d’une… partie d’échecs, pour opérer un acrobatique « mat à l’étouffée » de son cru – non pas avec un cavalier noir positionné en embuscade dans un coin de l’échiquier, mais plutôt avec son propre corps, mis en opposition –, afin d’intercepter la bombe qui vient de faire irruption dans le bureau du général Alcazar.
Décidément, le petit reporter est doué. Car, malgré son uniforme cintré et l’arsenal pendu à sa ceinture, il est parvenu à abaisser son centre de gravité mais surtout, à bien positionner son buste en avant, de façon à libérer totalement ses bras.
Grâce à cette posture judicieuse, il peut se jeter efficacement sur l’explosif et éviter ainsi qu’il ne mette davantage le feu aux poudres à une situation politique déjà plus qu’explosive.
La claquette
Quand le ballon fille tout droit en direction des filets pour se loger sous la barre transversale, le gardien lobbé n’a plus qu’une seule chose à faire : sauter le plus haut possible pour effectuer une ultime déviation de la main.
Dans L’Oreille cassée, à la poursuite d’un témoin capital pour sa nouvelle enquête, Tintin fait tout pour le retenir alors que celui-ci n’aspire qu’à prendre son envol pour retrouver, au plus vite, sa liberté.
Il n’hésite donc pas un seul instant à s’élancer dans les airs pour tirer ce maudit diable par la queue. Et son saut périlleux est prodigieux. Signe qu’il est dans une forme olympique du tonnerre.
Son explosivité est, effectivement, très impressionnante puisqu’il est capable de bondir vite et bien c’est-à-dire, avec beaucoup de souplesse et de puissance, sans prendre d’élan. Sa détente est toute aussi bluffante surtout pour quelqu’un qui est habillé en costume de ville. Comme quoi, les étirements pratiqués le matin au réveil, ça paye !
Toutefois, ses efforts ne sont pas récompensés à leur juste valeur puisque le piaf bigarré lui échappe de peu et ce, sans y laisser la moindre plume. Saperlipopette !
La relance
Qui dit arrêt, dit relance. C’est logique. Aussi, dès que le gardien s’empare du ballon, il cherche aussitôt l’espace le plus judicieux pour le remettre à ses co-équipiers. Il va également agir avec finesse et stratégie, de façon à éliminer un maximum de joueurs adverses. En particulier, ceux qui sont trop éloignés de leur surface de réparation pour pouvoir se replier en défense.
Dans L’Oreille cassée, après son superbe plongeon au ras du sol, Tintin enchaîne immédiatement et sans réfléchir, sur un dégagement bras tendus.
Son geste – trop rapide – ne manque pas d’efficacité mais plutôt, de longueur. Il faut dire aussi que son but n’est pas d’amorcer une contre-attaque bien sentie mais de déjouer un attentat.
Heureusement pour lui, une fontaine se trouve juste sous les fenêtres du général. Pile ce qui lui fallait pour transformer la bombe en pétard mouillé. Ouf, il était moins une !
Tours de passe-passe des joueurs de champ ou l’art d’aller droit au but
Les quarante-cinq premières minutes de jeu viennent de s’écouler. Début donc de la seconde période. Un moment opportun pour passer à l’attaque et s’intéresser d’un peu plus près aux techniques de jeu des avant-centres.
La passe
Selon Alain Lemoine, auteur d’un article à ce sujet publié dans Les objets de la technique. De la compétitivité motrice à la tactique individuelle, ce « geste technique (est) le plus utilisé en football et son apprentissage est fondamental (...) (car c’est) un outil de communication (...) qui permet de conserver le ballon, de progresser vers la cible et de mettre un partenaire en position de tir ».
Dans Le Temple du Soleil, le capitaine Haddock – embastillé mais pas résigné – roule en boule un vieux journal tiré de sa poche avant de taper machinalement dedans, histoire de s’occuper. Sans le vouloir, ce dernier effectue une superbe transmission de « balle », en réalisant une passe haute, puissante et spontanée.
Il exécute cette frappe du pointu c’est-à-dire, du bout du pied. Une pratique souvent décriée dans le monde du foot car jugée moins élégante qu’un brossé du plat (ou de l’extérieur) du pied mais qui peut, toutefois, être redoutable. Surtout si elle est parfaitement maitrisée. Ce qui est le cas ici.
Le buste bien droit et en équilibre sur sa jambe d’appui, le capitaine Haddock décoche effectivement un coup de patte dont lui seul a le secret. Son geste est ferme. Précis. Sans doute parce qu’il a verrouillé sa cheville pour pouvoir soulever et accompagner le « ballon » avec son pied.
On savait qu’il avait le pied marin mais en aucun cas que c’était un habile et franc tireur. Quoiqu’il en soit, sa passe s’avérera bientôt décisive…
Le contrôle de la tête
Mais attention, car une passe n’est efficace que si elle est suivie d’un contrôle du ballon. Le destinataire doit effectivement l’intercepter, le ralentir, l’immobiliser et l’orienter pour le transmettre, ensuite, à un autre de ses co-équipiers ou pour marquer. Plusieurs techniques sont possibles pour parvenir à le maîtriser, parmi lesquelles : le jeu de tête.
Dans Le Temple du Soleil, la partie de « ballon prisonnier » improvisée, une case plus haut, par le capitaine se poursuit justement par une action de ce type. Mais le jeu aérien de Milou est limité puisque ce dernier est pris de court.
Impossible pour lui, d’anticiper et donc, de se positionner pour recevoir cette balle en cloche venue de l’arrière, sur la zone la plus adéquate de son crâne. Si bien qu’ici il effectue plus un contrôle involontaire de la tête qu’un tir ou une prolongation / déviation de passe.
Son intervention est, certes, hasardeuse mais il a tout de même du flair puisqu’il parvient à amortir la boulette d’Haddock pour la mettre aussitôt dans les pieds de son maître. Un geste qui va faire toute la différence !
L'aile de pigeon
Parmi les techniques acrobatiques pratiquées par les joueurs de champs, l’aile de pigeon est l’une des plus originales, parce qu’elle imite le battement d’aile d’un volatile. Elle consiste, en effet, à replier la jambe vers l’arrière pour récupérer et contrôler un ballon lancé à mi-hauteur. Grâce à elle, le joueur peut le remettre devant lui, sans changer d’appui, afin de poursuivre son action.
Dans Tintin au pays des Soviets, le petit reporter s’en sert, à l’arrêt, sur le bord de la route, pour se défaire d’une poignée de pièces mécaniques qu’il n’a pas su remonter sur son auto accidentée. Une façon élégante d’écarter l’inutile.
Son geste est toutefois beaucoup moins spectaculaire que ceux réalisés par les vrais footballeurs, dans la mesure où il s’aide d’un pneu pour pouvoir le réaliser.
Il n’empêche que le reste du mouvement est parfaitement exécuté. Ce qui lui permet de botter judicieusement en touche et du revers du pied, s'il vous plaît !
Le tir cadré
Piqué, lobé, enroulé, brossé, etc. Toute les techniques sont bonnes, du moment que le ballon se loge au fond des filets.
Pour réaliser une frappe de qualité, le butteur n’a effectivement que l’embarras du choix. Il peut tirer de l’intérieur du pied, pour être le plus précis possible ; de l’extérieur du pied, pour donner un effet au ballon ; avec le coup de pied, pour exécuter une frappe forte et rectiligne ; ou alors, avec le talon, pour faire une déviation.
Au pays des Soviets, Tintin utilise plutôt la pointe de son pied pour frapper un drôle de « penalty » visant à mettre hors-jeu un militaire qui le marque d’un peu trop près. Bien campé sur ses appuis, il prend également de l’élan histoire de créer un puissant effet de balancier avec sa jambe de tir. Si bien que sa chaussure monte, sans peine et comme une flèche, en direction de la cible.
Bref, une action qui pourrait se résumer comme suit : à la fin de l’envoi, il touche… euh, il fait mouche !
Ce « but » mémorable marque la fin du temps réglementaire et le début du temps additionnel. L’occasion de faire un rapide retour en images sur quelques « fautes » et « arrêts de jeu » emblématiques vus dans les Aventures de Tintin.
Voilà, cette fois-ci, c’est le coup de sifflet final. L’arbitre vient de mettre un terme à cette surprenante rencontre. Il est temps, pour les joueurs, de quitter la pelouse et de regagner les vestiaires ; et pour l’équipe de tintin.com, de souhaiter aux Diables Rouges, ainsi qu’à tous ses lecteurs, un bel Euro 2024 !
Textes et images © Hergé / Tintinimaginatio - 2024

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