Tintin magasine

Du verbe québécois « magasiner », d’où le S comme Soldes – période de promotions oblige, même si elle se termine bientôt – et non le Z comme Zorro. Il ne sera donc point question ici de presse écrite, ni de revue périodique mais plutôt de commerces et de magasins. Ceux vus dans les Aventures de Tintin. L’occasion de découvrir les préférences du petit reporter en matière de shopping.
Cela peut paraître étrange de vouloir pousser les portes de ces échoppes dans la mesure où leurs activités commerciales n’interfèrent guère – pour ne pas dire, jamais – dans l’intrigue principale des albums. Pourtant, elles sont bel et bien là. Présentes à l’image, telles des figurantes silencieuses indispensables au décor. Mais, après-tout, ce n’est peut-être qu’une façade…
C’est ce que nous allons vérifier, grâce à un tour d’horizon des points de vente les plus fréquentés par Tintin.
L'Oreille cassée

Acheter local, c’est génial !

Il arrive effectivement, qu’au détour d’une case ou d’une séquence, les lecteurs le surprennent en plein flagrant délit de chalandage.
Mais ces derniers pourront aussi constater qu’il se rend uniquement dans des commerces de proximité, c’est-à-dire dans les boutiques spécialisées qui se trouvent à deux pas de chez lui ou aux environs des endroits où il se trouve. Ce qui est tout à son honneur quand on sait, qu’à cette époque, les galeries marchandes, les passages couverts mais surtout, les grands magasins (comme "A l’Innovation ", à Bruxelles ou la "Samaritaine", à Paris) sont légion et qu’ils battent leur plein.
Malgré leurs effets d’annonce et leurs tarifs défiants toute concurrence, lui semble faire de la résistance. Si bien que, dans les albums, ces nouveaux « temples de la consommation » brillent totalement par leur absence.
On ne saurait dire si le héros les boude par choix ou par conviction, toujours est-il que, grâce à cela, il affiche un soutien involontaire pour les petits commerçants qui ont pignon sur toutes les rues – ou presque – qu’il emprunte.
Voyons à présent quels sont les types de magasins qui remportent sa préférence.
Le Sceptre d'Ottokar

Étude de marchés

A la mode de chez nous
Évidemment, il fallait s’y attendre. Car, comme pour la plupart des consommateurs, l’habillement est le secteur numéro un sur sa liste d’achat.
Loin d’être une fashion victim, ce dernier ne néglige pas pour autant son apparence – chose que nous avons vu dans un précédent dossier titré «Étoffes d’un héros».
De fait, il ne court ni après les bonnes affaires, ni derrière les nouveautés du moment. Lui cherche avant tout à trouver des pièces de mode pratiques et/ou indispensables à sa garde-robe pour pouvoir mener l’enquête d’une manière confortable, pratique et élégante.
Tintin en Amérique
D’ailleurs, sa toute première aventure le confirme. S’il prend le temps de faire du lèche-vitrine alors qu’il est filé de près par un membre de la Tchéka soviet, c’est parce que ses vêtements sont en lambeaux. Des haillons un peu trop visibles et repérables à son goût dont il souhaite se défaire, au plus vite, au profit d’une tenue « couleur locale » bien plus adéquate. Puis, quelques planches plus tard, il réitère l’expérience pour troquer, cette fois-ci, sa tenue d’aviateur contre une combinaison adaptée à la conduite automobile.
Tintin au pays des Soviets
En résumé, grâce aux échoppes de prêt-à-porter notre héros préféré peut changer d’avis… euh d’habits comme de chemises et ce, en l’espace de quelques cases seulement. Pratique non ?
Et comme dans les Aventures de Tintin, les méchants ne sont jamais très loin, il fallait s’attendre à ce qu’ils mettent – à un moment donné ou à un autre – leur nez dans ces affaires. Aussi, il arrive quelque fois que des boutiques de mode servent de couverture à de lucratifs business clandestins.
L’échoppe de Mitsuhirato – ironiquement située, rue de la Tranquillité – est, à ce titre, un bel exemple. Car l’homme, qui joue les porte-flingues pour Rastapopoulos et les second-couteaux pour le compte des Japonais, n’a absolument rien d’un boutiquier. Ce baron de la drogue mène donc ses frauduleuses activités, directement depuis l’arrière-boutique de son établissement, dans un confortable bureau digne du Parrain.
Le Lotus bleu
Mets et merveilles
Autre poste de dépense incontournable dans le budget des consommateurs : l’alimentation.
Pour se sustenter, Tintin privilégie – là-aussi – les circuits courts, gages de fraîcheur et de qualité. Mais s’ils regorgent d’assortiments en tous genres, les mini-marchés qu’il fréquente sont surtout approvisionnés en découvertes et autres révélations. Si bien qu’il n’achète… jamais rien. Une manière efficace de faire des économies, certes, mais qui ne sert strictement à rien pour ce qui est de remplir les placards.
Le Lotus bleu
Que les lecteurs se rassurent, car l’intrépide reporter n’est pas perdant au change. Loin s’en faut même puisque ces « arrêts aux stands » lui permettent toujours de tomber sur un bon filon. En l’occurrence, de nouvelles pistes qui s’annoncent prometteuses.
Ainsi, chez Mohammed Ben Ali, l’épicier du Crabe aux pinces d’or, il fait coup double en découvrant un important stock de conserves – les fameuses boîtes jaunes sur lesquelles il enquête depuis le début de l’album –, et en obtenant une information capitale, à savoir : le nom du plus gros négociant de la ville, un certain Omar Ben Salaad.
Ces vignettes généralement, riches en détails, sont aussi l’occasion d’apprécier quelques « bonnes recettes » marketing, comme celle que l’on a entre-temps nommé "facing", et qui consiste à mettre en avant et de manière frontale – c’est-à-dire, directement face aux clients –, un maximum de références sur un ou plusieurs niveaux de linéaire. De quoi susciter des envies et donc, de déclencher un acte d’achat auprès du client. Simple. Efficace. Encore fallait-il y penser.
Le Crabe aux pinces d'or
Dans L’Affaire Tournesol, ensuite, Tintin et ses acolytes dépoussièrent également les techniques de vente traditionnellement pratiquées sur les marchés. Enfin l’italien, surtout. Car, en se faufilant avec son auto au milieu des étals, il invente, sans le vouloir – et bien avant l’heure, surtout –, le concept du "drive-in" ou "drive" (service au volant). Grâce à cela, il peut emporter un chapelet de saucisses, sans sortir de son véhicule. Rapide. Pratique. Surtout quand on est pressé. Avanti !
L'Affaire Tournesol
Comment parler de commerces de bouche sans évoquer le plus célèbre d’entre eux : la très réputée boucherie Sanzot, modeste établissement familiale basé à Moulinsart. Et pourtant, comme l’Arlésienne, tout le monde en parle mais personne ne l’a jamais vraiment vue.
Les lecteurs ne connaissent d’elle qu’un pan de mur jaune pâle orné de carreaux de faïence et une suspente métallique où pendent d’alléchantes pièces de viande et de charcuterie. Un peu trop réducteur à votre goût ? Dommage car, vous n’en découvrirez pas davantage. Alors, circulez, il n’y a plus rien d’autre à voir puisque ce paradis des gourmets n’est, en fait, qu’un canular destiné à amuser la galerie.
Les Bijoux de la Castafiore
Commerces « éphémères »
Au registre des commerces, les points de vente éphémères sortent également leur épingle du jeu. Car, à l’instar des "pop-up stores" d’aujourd’hui (magasins qui se montent et se démontent très rapidement), certaines boutiques jouent la carte du temporaire et donc, de l’exclusivité, en n’apparaissant qu’une seule et unique fois dans la série.
D’un point de vu marketing, cette stratégie est un excellent moyen pour faire connaître une marque, mais pour Hergé, c’est avant tout un prétexte pour varier les plaisirs, c’est-à-dire : diversifier l’offre et proposer ainsi de nouveaux types de marchandises. Ces échoppes singulières vont de la boutique d’antiquité (L’Oreille cassée) au marchand de tabac (Tintin et les Picaros), en passant par un concessionnaire auto (Tintin au pays des Soviets), un magasin de jouets (Le Sceptre d’Ottokar) ou encore un kiosque à journaux (L’Affaire Tournesol).
L'Oreille cassée
En terme de diversité, le senior Oliveira da Figueira en connaît un rayon puisqu’il a fait du bazard son fonds de commerce. Figure de proue…. ou plutôt tête de gondole de la vente ambulante, ce dynamique marchand portugais incarne, à merveille, le stéréotype du camelot – une profession presque aussi vieille que le commerce lui-même.
Son baratin est si persuasif qu’il est capable de vendre, non pas de la glace à des esquimaux, mais des patins à roulettes à des bédouins ! Son talent est tel qu’il n’a aucune limite. Si bien que, même en plein désert – où, par définition, il n’y a jamais personne –, il arrive à faire se déplacer les foules.
Mais après avoir officié sur à peu près tous les terrains, il a fini par se fixer du côté de Wadesdah, où il a su trouver un pas de porte idéalement situé. Une affaire en or qui s’annonce, prospère et pérenne, donc.
Tintin au pays de l'or noir

A bonne enseigne

Enfin, qui dit magasin, dit enseigne. C’est logique. Car, depuis la période médiévale, ces repères visuels coiffent l’entrée des magasins pour que badauds et chalands puissent les identifier et connaître aussi, en un clin d’œil, la nature de leurs activités.
Simplicité, lisibilité et visibilité. Tels sont les trois critères qui font de ces signes extérieurs valant adresse, d’efficaces signes distinctifs et donc, de reconnaissance. Mais malgré leurs signifiantes symboliques, il en est un qui tombe à chaque fois dans le panneau. A moins que ce ne soit l’inverse… Car le capitaine Haddock a – semble-t-il – le chic de les prendre sur le coin du nez ou de la figure. Comme dans L’Affaire Tournesol, par exemple, où il se voit affublé d’une grotesque – parce que gigantesque – paire de bésicles jaunes.
L'Affaire Tournesol
Pourtant, Hergé avait annoncé la couleur. Puisqu’en plus du gag « physique », le dessinateur a pris le soin de rédiger un slogan, tout aussi percutant que clairvoyant : « Pour voir claires, lunettes Leclerc ». Une accroche qui sonnerait presque comme un message subliminal. Comme si Hergé conseillait à son personnage, ainsi qu’à ses lecteurs, d’ouvrir l’œil… mais le bon !
Pourquoi ? Parce qu’au fil des albums, il s’est amusé à glisser – ça-et-là – d’amusantes notes d’humour sur ces supports publicitaires. Ainsi, dans Tintin en Amérique, la distillerie clandestine gérée par la mafia locale s’appelle « Aux Angsters réunis ». Il n’y a donc aucune tromperie sur la marchandise vu que tout est clairement dit… euh, écrit bien qu’un G manque à l’appel.
Ce qui est moins vrai, en revanche, pour l’armurerie « A l’épée de Damoclès » dont la raison sociale est… comment dire… à double tranchant. Si l’on devine plutôt bien le fait qu’il s’agit-là d’un spécialiste de l’arme blanche, rien n’est moins sûr, en revanche, pour ce qui est de la qualité de ses produits ou de l’accueil qu’elle réserve aux clients… Un acheteur averti en vaut deux, alors méfiance et restez sur vos gardes !
Tintin en Amérique

Textes et images : © Tintinimaginatio - 2024
5 commentaires
ou pour écrire un commentaire.
haddockdu64
01/02/2024 à 16:33
C'est un très bon article bien redigé que l'on prend plaisir à lire ! Néanmoins, les anglicismes (même s'ils sont expliqués, merci !) pourraient être remplacés par des termes français...
trifone
28/01/2024 à 18:40
Un servizio davvero simpatico! Grazie! :-)
web
26/01/2024 à 18:25
@imperator, bien vu... Voici la couverture.
imperator
26/01/2024 à 13:38
Un petit bémol toutefois, il ne se rend pas "uniquement dans des commerces de proximité". Dès le 12 juin 1930, en pleine page de couverture du "Petit Vingtième", nos héros sont fiers de poser parmi leurs achats et devant la façade du grand magasin "Au Bon Marché" de Bruxelles. L'image est commentée ainsi : "Avant son départ, Tintin s'est fait équiper au Bon Marché dont le département d'articles coloniaux est le plus réputé du pays. Tintin et Milou à la sortie… voir la suite
tom2005
26/01/2024 à 12:21
Très intéressant encore une fois
Créez votre compte Tintin
De 5 à 12 lettres et/ou chiffres
De 5 à 12 lettres et/ou chiffres
Désolé, ce pseudo est déjà pris...
Une confirmation sera envoyée à cette adresse
8 caractères minimum
8 caractères minimum
Suite...
Vous êtes sur le site officel de Tintin.
Aucune information vous concernant n'est enregistrée avant votre approbation finale.
Consultez notre politique de confidentialité
Merci ! Pour vérifier votre email, veuillez entrer le code à 4 chiffres que vous avez reçu à .
Si vous ne l'avez pas reçu, vérifiez l'adresse ou regardez dans votre courier indésirable.
Les chiffres ne sont pas bons...
Retour
Suite...
Merci !
Votre compte est maintenant prêt à être créer.

En créant votre compte, vous acceptez de vous conformer aux Conditions générales de Tintin.com.

Vous acceptez de recevoir de la part de Tintin.com des notifications personnalisées liées à Tintin (nouveaux événements ou expositions, nouveaux livres ou produits etc.).

Vous pourrez régler vos préférences de notifications dans votre compte.

  
Merci d'accepter les conditions
Créer mon compte Tintin
Connexion
Mot de passe oublié
Entrez votre email, vous allez recevoir un lien pour réinitialiser votre mot de passe.
Mot de passe oublié
Un email avec un lien pour réinitialiser votre mot de passe a été envoyé à votre adresse.
Logo Tintin

Pour accéder à ce contenu, vous devez être inscrit à Tintin.com

Connexion / inscription
Pour obtenir votre passeport syldave, vous devez d’abord créer un compte Tintin.com.
Inscrit depuis le
Dernière connexion le
Logo Tintin English Nederlands Español 中文 日本語